Fragments de vérités : Samuel

L'histoire de Samuel

Découvrez l'histoire de Samuel.
Tirée de l'exposition
« Fragments de vérités : et vous, si vous y étiez ? »

Temps de lecture 2 minutes

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Retrouvez la page explicative de l'exposition ici : « Fragments de vérités : et vous, si vous y étiez ? »

Le récit mis en voix : 

Découvrez l'histoire de Samuel. Inspirée d'une situation réelle de discrimination, détaillée dans la décision 2021-217 du Défenseur des Droits. 

Le texte : 

  Je ne saurais pas dire exactement quand cela a commencé. Il y a quatre, cinq ans peut-être. Au début ce sont de petites choses, on n’y prête pas attention, on se dit que ça va se tasser, on n’a pas envie de passer pour le tatillon de service.
    Avec Marie, nos salles de cours se font face, il n’y a que le couloir à traverser. Quand elle a commencé à parler de « la salle du PD », la blague n’était pas terrible, mais j’ai ri tout de même, pour lui faire plaisir. On est habitués à tout ça… Si on devait se formaliser à chaque fois qu’on nous traite de PD, on n’aurait pas fini, hein.
    Mais après, et bien… Après, ça a été plus souvent, plus fort, ça a été devant les élèves, les autres collègues. Les élèves… C’est quand ils s’y sont mis, je crois, que ça a vraiment dérapé. Les ricanements quand je passais, je pouvais gérer, mais les questions en plein cours, comme « Monsieur, c’est vrai que vous êtes mariés à un homme ? », là, c’est franchement devenu dur. Qu’est-ce que j’aurais pu répondre ? Je n’ai rien dit, j’ai fait celui qui n’avait pas entendu.
    Il y a eu les collègues, aussi. Le silence gêné dès que j’arrive en salle des profs. Ils pensent peut-être que je n’ai rien remarqué.
    Le coup du tag sur ma voiture… C’était celui de trop. Mon médecin m’a arrêté le temps que je me remette, mais quand je suis revenu, ça a continué. Il y a même une fois… je n’en suis pas fier… il y a même une fois, je me suis enfermé dans les toilettes, et j’ai pleuré. Ça a duré quoi, cinq, dix minutes peut-être ? C’était quand j’ai reçu ce courrier anonyme rempli d’insultes homophobes dans mon casier.
    Il y a bien Céline, la collègue d’EPS, qui a eu l’air embêtée pour moi. Mais elle non plus n’a rien dit.
    J’ai tenu comme j’ai pu, qu’est-ce que vous voulez, il faut bien.
    Mais là, aujourd’hui… ça va trop loin. Tant que ça ne se passait qu’au lycée, j’encaissais et je rentrais le soir à la maison, je soufflais avec Damien et je pouvais repartir affronter une autre journée après une bonne nuit de sommeil avec somnifères. Mais cette lettre dans notre boite, dans notre maison, chez nous… ! Quand est-ce que ça va s’arrêter, hein ? 

 

Mise à jour : septembre 2025