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Retrouvez la page explicative de l'exposition ici : « Fragments de vérités : et vous, si vous y étiez ? »
Le récit mis en voix :
Découvrez l'histoire de Miguel. Inspirée d'une situation réelle de discrimination, détaillée dans la décision 2024-007 du Défenseur des Droits.
Le texte :
Miguel et moi, on est agents d’escale au sol.
Ce que je peux dire, c’est qu’il est allé de plus en plus mal. Je le sais parce que je l’avais souvent au téléphone pour parler de la situation. Il avait besoin de se confier à quelqu’un.
Tout a commencé lorsque Miguel a acheté le même parfum qu’Albert. Celui-ci ne l’a pas supporté, je ne sais pas pourquoi. Il s’est mis à se moquer de lui, de son accent, de ses origines. Il a balancé un SNAPCHAT sur le groupe qu’on utilise avec tous les collègues pour s’envoyer des informations sur les embarquements : une photo d’un homme avec une moustache, censé représenter Miguel, avec tout un tas de hashtags désagréables, comme « #aucunepersonnalité », « #mecinutile » ou « #fuckinmexican ». Peu de temps après, on a fait une soirée chez Christine (elle nous avait tous invités pour son anniversaire). À un moment on a entendu Albert élever la voix. Il s’en prenait à Miguel, il s’est énervé et il l’a traité de « connard de Mexicain ». Miguel était abasourdi. Je ne savais pas quoi faire.
Miguel en a parlé à nos encadrants. On lui a dit que ça relevait de la sphère privée et qu’il fallait régler ça entre eux. C’est à partir de là qu’on a commencé à lui changer ses horaires sans lui demander son avis et au dernier moment.
Avec toute cette histoire et ses horaires qui changeaient, il était complètement stressé et épuisé. Il a eu un accident de trajet et il a dû être en arrêt plusieurs semaines. Quand il est revenu, Albert a recommencé à le prendre en grippe.
Là, je l’ai vu dégringoler, Miguel. Il a été plusieurs fois en arrêt maladie. Quand il revenait, on lui refusait toutes ses demandes de permutation d’horaires. Miguel a appris que le directeur avait demandé à nos encadrants de refuser systématiquement toutes ses demandes, au cas où il serait encore en arrêt.
Finalement, Miguel a eu un arrêt maladie pour de bon, et le médecin du travail a prononcé une inaptitude à son poste sur notre site, en précisant qu’il pouvait être reclassé sur le même poste mais sur un autre site. C’est tout ce que je lui souhaitais.
Mais le directeur, à la suite de ça, a licencié Miguel.
Qu’est-ce que je peux faire, moi ? Je n’ose rien dire au travail, je ne veux pas subir le même sort que Miguel. Alors je suis là pour lui, on s’appelle régulièrement, je le soutiens… Qu’est-ce que je peux faire d’autre ?
Mise à jour : septembre 2025

