Fragments de vérités : Audrey

Découvrez l'histoire d'Audrey.
Tirée de l'exposition
« Fragments de vérités : et vous, si vous y étiez ? »

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Retrouvez la page explicative de l'exposition ici : « Fragments de vérités : et vous, si vous y étiez ? »

Le récit mis en voix : 

Découvrez l'histoire d'Alan. Inspirée d'une situation réelle de discrimination, détaillée dans la décision 2023-131 du Défenseur des Droits. 

Le texte : 

Il est vraiment lourd, Cyril. Toujours à faire des blagues… vous voyez… un peu… déplacées, oui, on peut le dire comme ça. Par exemple, je me souviens de la fois où il avait lancé en salle des maitres : « Je vais sortir ma bite, ça va calmer tout le monde ! » Voilà, déplacées comme ça, quoi.
    À l’école, il n’y a presque que des femmes, alors je ne sais pas si c’est ça ou quoi, mais on dirait qu’il se croit un peu tout permis.
    Oh non, je ne suis pas la seule que ça dérange. C’est bien pour ça qu’on a été quatre à écrire dans le RSST. Mais je crois que le pire, c’est avec Audrey. Elle n’arrive plus à aller en salle des maitres toute seule, elle a trop peur de tomber sur lui. Alors, quand elle a des photocopies à faire, je l’accompagne. Par sécurité.
Ce qui me fait dire ça ? Disons qu’il lui a déjà fait des propositions un peu… Enfin, des propositions, je ne sais pas si on peut appeler ça comme ça. Disons qu’il lui a dit des choses comme : « Quand est-ce qu’on fait l’amour ? Je t’attends dans ma salle… », « On pourrait s’enfermer tous les deux dans une salle… » ou « Je te mettrai bien dans mon lit ». Et il lui fait aussi beaucoup de « compliments », je mets des guillemets, comme « Tu es belle » ou « J’adore tes seins ». Même quand elle était enceinte, ça ne l’avait pas calmé : il disait « C’est moi le père » et lui demandait : « Est-ce que tu fais moins l’amour maintenant que tu as un enfant ? ».
Depuis qu’on a écrit dans le RSST, c’est devenu limite invivable. Audrey essaie de ne pas le croiser, mais vu la configuration des locaux, ce n’est pas évident. Et puis, il a le soutien de notre directrice, comme elle l’a dit dans un SMS qu’elle a envoyé à des collègues. Comme si ça ne suffisait pas, les parents d’élèves s’y sont mis : ils ont manifesté devant l’école et accroché des pancartes pour le soutenir.
Audrey ? Elle ne va pas bien. Pas bien du tout. Elle a déjà été en arrêt plusieurs fois, surtout après que sa mutation lui a été refusée. J’ai vraiment peur qu’elle perde pied.

Mise à jour : septembre 2025