Fragments de vérités : Ana

Fragments de vérités : Ana (Bannière)

Découvrez l'histoire d'Ana
Tirée de l'exposition
« Fragments de vérités : et vous, si vous y étiez ? »

Lien vers la page principale du projet :

Retrouvez la page explicative de l'exposition ici : « Fragments de vérités : et vous, si vous y étiez ? »

Le récit mis en voix : 

Découvrez l'histoire d'Ana. Inspirée d'une situation réelle de discrimination, détaillée dans la décision 2021-217 du Défenseur des Droits. 

Le texte : 

Quand j’ai annoncé ma transition, je m’attendais à quelques réticences, bien sûr.
Dans un monde idéal, tout le monde devrait être compréhensif face à une collègue qui entame cette démarche. Mais dans les faits, je me doutais bien que ça poserait problème à certains que je veuille « devenir une femme », comme ils disent.
D’un coup, on s’est mis à m’éviter dans les couloirs et à m’insulter… Il y en a qui m’ont dit : « Tu salis l’image de l’Institution ! » C’est même allé jusqu’aux menaces de mort. 
Je ne voulais pas porter plainte, ça n’aurait fait qu’envenimer la situation. Et puis, on se connait depuis dix ans. Alors il y a des personnes d’une asso qui sont venues pour expliquer aux collègues ce que c’est, la transidentité. Il y a aussi eu des rappels à l’ordre de ma hiérarchie. 
Mais tout cela n’a rien changé. 
Quand quelqu’un a écrit sur ma page : « Tu fais honte à l’institution et au drapeau national. J’espère que tu vas mourir », là, j’ai porté plainte. 
Pourtant, ils ont continué.
Je suis forte, mais ils m’ont eue. Au bout de six ans, j’ai été placée en congé longue durée pour dépression sévère. « Dépression sévère », c’est ce qu’a écrit le psychiatre. « Décompensation nette avec une grande tristesse, une souffrance morale importante, des insomnies avec des ruminations sur un fond de sentiment d’impasse et l’idée de ne pas trouver de solution. » Ça fait mal de lire ça. Je veux juste vivre ma vie tranquille, moi.
J’ai essayé, pourtant, j’ai vraiment essayé. Après ma dépression, j’ai demandé un avancement, deux ans de suite. À chaque fois, d’autres ont été promus, et pas moi. Pourtant, je suis sûre que mon dossier était meilleur. Les autres n’ont pas mes 29 ans d’ancienneté, et ça m’étonnerait qu’ils soient aussi bien notés que moi : j’ai toujours eu des appréciations en béton.
Alors non, je ne trouve pas de solution.
Y en a-t-il une ?

Mise à jour : septembre 2025