Mener une lecture analytique avec le TBI

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L’étude d’un texte comme celui de Roméo et Juliette peut sembler ardue aux élèves de 3ème à plus d’un titre. Tout d’abord, il leur manque un contexte culturel porteur de sens et à leurs yeux l’œuvre de Shakespeare leur semble datée, dans une langue qui leur échappe _ même si la traduction de Victor Hugo est incontestablement magnifique _ et bien loin de leurs préoccupations.

 

Au-delà, les situations pédagogiques proposées sont, pour de multiples raisons, souvent artificielles et ne redonnent pas à l’œuvre sa dimension de spectacle. Ainsi, dernière conséquence, les élèves ont beaucoup de mal à comprendre pourquoi on joue encore cette tragédie et surtout comment ce texte peut renaître sans cesse de ses cendres par la mise en scène.

 

Ce scénario se propose de répondre à cette problématique par le recours conjoint _ mais cela ne constitue nullement un impératif incontournable _  au Tableau Blanc Interactif (TBI) et à la carte heuristique.
 

 

I- Le contexte pédagogique

 

    Afin de déplacer légèrement la problématique vers l’adaptation cinématographique, il a été choisi d’étudier en parallèle l’acte I scène 5 du texte shakespearien et son adaptation filmique, Roméo + Juliette. Il ne s’agit pas ici de pécher par un excès de modernité mais de prouver aux élèves que ce mythe est intemporel et que la pièce développe des thématiques toujours actuelles dans notre société. Par ailleurs, cela répond à la demande des Programmes de Français de 2009 quant à l’analyse de l’adaptation d’une œuvre littéraire :

 

Le professeur fournit aux élèves des outils d’analyse pour l’image animée ; il les fait réfléchir à la problématique de l’adaptation d’une œuvre littéraire pour le cinéma ou la télévision.

Programmes de l’enseignement de Français,

Bulletin officiel spécial n° 6 du 28 août 2008, p.12

 

 

Le travail d’analyse est effectué à l’aide d’un TBI pour sa souplesse d’utilisation alliant texte, image mais surtout pour ses possibilités d’enrichissements multiples au fil de la séance : liens externes, manipulations et annotations des images, du texte, matérialisation des mouvements du texte…

 

Enfin, le TBI permet l’affichage d’une carte heuristique qui va à la fois structurer les remarques des élèves en une lecture analytique et proposer une trace écrite commune qui servira de support à un travail d’écriture visant à acquérir les prémices du commentaire et favorisera la liaison 3ème-2nde.

 

La lecture analytique se définit comme une lecture attentive et réfléchie, cherchant à éclairer le sens des textes et à construire chez l’élève des compétences d’analyse et d’interprétation. Elle permet de s’appuyer sur une approche intuitive, sur les réactions spontanées de la classe, pour aller vers une interprétation raisonnée.

Programmes de l’enseignement de Français,

Bulletin officiel spécial n° 6 du 28 août 2008, pp.2-3
 

 

II- La mise en œuvre

 

    La première phase consiste dans le visionnage de la séquence cinématographique avec une collecte des différentes remarques et impressions des élèves. Chacun vient inscrire au tableau son idée qui va être reformulée et améliorée avec l’aide des pairs. Une fois l’écriture assurée, l’idée est inscrite sous une forme plus concise au sein de la carte heuristique initiée avec le logiciel Freeplane. Une première couronne de nœuds se tisse donc formant un corpus de remarques diverses et variées.

 

Grâce au TBI et à la modularité de Freeplane, ces dernières sont progressivement associées, ordonnées pour donner sa structure à la lecture analytique.

 

    La deuxième phase va voir les élèves entrer dans le texte (ici, la traduction de Victor Hugo) avec, comme premier objectif, de trouver les points communs avec le passage filmé. Il s’agit ici de créer un écho entre l’image et le texte qui redonnera sa vigueur, sa richesse à ce dernier et permettra à la classe d’aller plus loin dans l’analyse, de montrer de quelle façon les répliques s’enchaînent et la rhétorique se développe. Dans le même temps, les faits textuels mis en relief au tableau sont nommés, une définition est établie et une citation est prélevée. Cela permet alors d’enrichir la carte heuristique et de développer ainsi le support d’écriture finale.

 

Cette partie de la séance utilise également la capacité du TBI à lier le texte avec des ressources extérieures comme le Trésor de la Langue Française Informatisé (TLFI). Ainsi, sans aucune perte de temps, un terme devient un objet d’étude approfondie et d’un seul coup d’œil, les élèves embrassent son champ sémantique. Forts alors de l’apport de l’image, du texte dans son ensemble et de l’analyse de ce terme, ils sont plus à même de cerner la richesse de l’œuvre.

 

 

 

    La dernière étape de l’analyse porte sur les différences notables entre l’adaptation cinématographique et le texte. Ici, le fait d’être confronté à une traduction devient une richesse car cela demande une analyse fine des choix effectués et des nuances ainsi créées. Le TBI permet de mettre en regard le texte d’Hugo et celui du film. A ce stade, certaines hypothèses de lecture sont validées alors que d’autres écartées. La carte heuristique est peu à peu remaniée pour aboutir à une version commune.

 

 

Cette carte sera par la suite imprimée et remise aux élèves comme support d’un travail d’écriture. Chacun aura à rédiger le commentaire de cette scène en prenant soin de citer précisément soit le texte soit les répliques du film. Afin de pouvoir s’appuyer sur toutes les remarques formulées et rédigées en classe, le paperboard de travail est déposé sur le site de l’établissement ou sur l’ENT.

 

 

III- Pourquoi utiliser le numérique?

 

            Le recours au TBI ne se justifie nullement par un effet de mode mais bien parce qu’il permet une autre approche du texte théâtral et de la lecture analytique.

 

Ainsi, il permet en premier lieu une combinatoire plus intime entre le texte littéraire, l’image et la trace écrite du cours. On peut annoter l’image et retrouver en un clic ces remarques sur le paperboard pour les reformuler.

 

Grâce au TBI, le professeur redonne au théâtre sa dimension de spectacle _ y compris à travers une adaptation _ et ne revient vers le texte que pour en analyser tous les possibles. Le spectacle n’est pas utilisé comme une sorte d’illustration du cours mais comme la source originelle de l’activité de l’auteur.

 

L’enrichissement se fait également grâce aux outils que le TBI convoque quasi-instantanément. Le lien vers un dictionnaire en ligne, par exemple, rend l’approche du lexique plus pertinente, plus riche.

 

Une des forces du TBI réside dans le suivi des modifications de la trace écrite. Une idée n’est jamais figée, elle peut sans cesse être reformulée, changer de statut dans un plan… Le professeur montre aux élèves une pensée en marche qui formule des hypothèses, les amende tant dans leur forme que dans leur association. La trace écrite se construit au fur et à mesure et la fonction d’exportation du paperboard permet ce suivi.

 

Le recours à la carte heuristique construite de manière collective s’explique par la volonté de proposer aux élèves un document en perpétuelle évolution et qui donne en même temps une vision synthétique de l’analyse.

 

En outre, dans la perspective d’une activité d’écriture, elle représente un support très intéressant qui aide l’élève comme un brouillon mais lui demande également de reconstruire complètement l’analyse et ses étapes.

 

 

IV- Les limites de la démarche

 

    Si ce scénario permet de reconstituer un univers culturel en établissant un pont entre l’œuvre de Shakespeare et notre siècle, cela demande du temps et présente le risque d’une parole anarchique que l’enseignant va devoir canaliser, réguler.

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Philippe GODIVEAU

 

 

 

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