Humeur

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L'innovation est vivante et s'exprime même. À l'image de la société, elle est changeante, fluctuante. Vous trouverez ici, au fil de l'eau, les réactions et réflexions de l'équipe de la Cardie à destination de tous ceux qui souhaitent susciter le débat. Puisse-t-il devenir un espace de liberté...


[HUMEUR] Le bonheur à l’École ?

[mars 2020]

Quel est notre objectif, à la Cardie, quand nous décidons d’y consacrer un cycle de recherche et de formation ? Avons-nous trouvé une belle excuse pour ne plus nous impliquer dans notre mission et ne penser qu’à nous divertir ? Sommes-nous des manipulateurs chevronnés qui tenterions de faire croire à nos collègues qu’il suffit de sourire pour oublier ce que nous reprochons au « Système » ? Reproduisons-nous une erreur de pédagogue du dimanche qui pense que toute forme de contrainte -et donc de « vrai travail » (?!)- est néfaste au développement de l’être humain ? Avons-nous succombé à un effet de mode ?

Tout d’abord, savons-nous vraiment quelle est notre trajectoire, quels sont nos objectifs ? Et puis, le bonheur, qu’est-ce que c’est ? Ce qui est certain, absolument certain, c’est que nous le cherchons toutes et tous. 

Faut-il opposer bonheur et travail ? La « chance », la « bonne fortune » et la « torture » ? Le plaisir et la souffrance ? La vie et l’École ?

Nous ne le pensons pas et ne sommes naturellement pas les seuls.

L’effort que nous produisons pour apprendre, mémoriser, s’exercer peut être plaisant et stimulant. Il suffit pour cela de résister, de nous détourner des réflexes de notre cerveau irrémédiablement ramené sur le circuit de la récompense et d’aller au-delà de la tentation puissante de passivité, de repos cognitif.

Alors comment accompagner nos élèves sur le chemin du bonheur d’apprendre ? Et aurons-nous l’insolente audace de chercher avec eux le bonheur de vivre ensemble, tout simplement ?

En épluchant les fiches des praticiens présents à la journée de questionnement participatif du 20 novembre 2019 au LAB’O, trois pistes de réponses se sont dégagées. Une recette miracle poindrait-elle au loin ? Cela mérite au moins de s’en assurer…

Il nous faudra pour commencer être attentifs à la qualité de l’environnement, aux besoins physiologiques : à la lumière, la clarté, à une libre circulation des enfants et adolescents, à l’adaptation des salles, modulables au gré des situations, à des sessions de travail en adéquation avec les capacités de concentration des enfants selon leurs classes d’âge.

Puis, nous devrons soigner les relations au sein de la communauté éducative, appliquer l’ambitieux principe d’équivalence –certains frileux parleront d’« équidignité »- en considérant tout être humain : enfant, parent, enseignant, personnel administratif, technique, avec le même respect, la même attention car chacun d’entre nous est un maillon d’une chaine qui tend à assurer aux élèves un cadre sécure, propice à la joie et donc, à la réussite. 

Enfin, nous ne saurions nous passer de stratégies pédagogiques innovantes, de réflexions sur ces dites pratiques. Nous pourrons alors nous (re)plonger dans des lectures nourrissantes, nous documenter sur ce qui existe ailleurs et parfois même juste à côté de nous. Nous nous (ré)approprierons les principes fondamentaux de notre métier : chercher – inventer – aimer – partager.

Nous vous entendons d’ici…

« Qui sont-ils pour prétendre détenir toutes les solutions ? Est-ce à dire que je fais mal, que j’ai raison de me sentir jugé(e) voire pointé(e) du doigt ? Comment suis-je censé(e), seul(e), lutter contre des réalités qui me dépassent : effectifs lourds, locaux vétustes ou inadaptés, enfants à profils particuliers dont je ne peux m’occuper comme je le souhaiterais, réformes vécues comme maltraitantes… » ? Et vous avez parfaitement le droit de nous interpeler sans ménagement.

N’en avons-nous pas le devoir ? Car cet échange, aussi vif sera-t-il, représentera une précieuse occasion de dialoguer, de se rencontrer, de réfléchir ensemble.

Et il nous semble que la quête du bonheur est à ce prix.  


[HUMEUR] Humains !

[mai 2019]

Maintenant que nous sommes au point sur ce qu’est l’innovation (Cf. le billet d’humeur de novembre 2018), nous aimerions réfléchir ensemble à ce qui nous apparaît comme essentiel, immuable, indiscutable, en matière de pédagogie…

Comment pourrions-nous chercher à emprunter des voies dites « alternatives » sans (re)définir nos valeurs, notre socle commun, notre « norme » ?

Vous nous répondrez sans doute qu’il suffit pour cela de lire les programmes EN, les BO, les notes, les chartes officielles, etc. et vous aurez raison, en partie au moins.

Permettez-nous malgré tout d’insister et de regarder ailleurs…
Que l’on préfère l’organisation en îlots, le cours dit « magistral », les notes chiffrées, l’évaluation des/par compétences - car oui, même un article ou une préposition risque de nous diviser ! - que l’on aime construire des projets annuels, des actions ponctuelles, que l’on privilégie l’intelligence collective, la recherche solitaire et autonome, on souhaite faire au mieux pour ses élèves.

Et, qui sont nos élèves ? Ils sont notre fils, notre fille, notre neveu, notre petite sœur, notre petit fils, le voisin qui nous salue le matin, la copine de notre fils, le fils de notre copain.

Pour qui nous battons-nous au quotidien ? Et pourquoi ? Quelle image de l’éducation nationale avons-nous à cœur de construire et de véhiculer ? Notre flamme, fragile parfois, se nourrit d’humanité. Nos élèves sont des êtres humains, tous différents, tous uniques. Ils éprouvent tous et toutes des émotions, des sentiments. Comme nous, ils sont parfois fatigués. Comme nous, ils n’ont pas forcément envie d’être là, ici et maintenant. Parce qu’il fait beau, parce qu’il pleut. Parce que.

S’il nous arrive de fantasmer à l’idée de rester sur notre canapé, près d’un lac ou encore à la terrasse d’un café plutôt que d’être ̶f̶a̶c̶e̶ avec eux, imaginons une seconde ce qu’ils ressentent, nos enfants, nos ados, nos jeunes.

À la Cardie, nous sommes convaincus que l’utilisation raisonnée du numérique dans nos pratiques pédagogiques représente une plus-value immense. Nous croyons en la pertinence, en l’évidence même, du fonctionnement par ateliers autonomes. Nous pensons qu’il est nécessaire de créer des partenariats extérieurs. Et la liste est encore longue. Pourtant, nous sommes sûrs d’une chose : l’essentiel de notre message n’a pas de sens si nous oublions que ̶« n̶o̶s̶ ̶c̶l̶a̶s̶s̶e̶s̶ »̶, ̶«̶ n̶o̶s̶ ̶é̶l̶è̶v̶e̶s̶ »̶, chacun et chacune de nos élèves est une personne à connaitre, à comprendre, à respecter, à aller chercher…

Et si nous rappelions avant tout que, chaque jour, malgré notre fatigue, nos humeurs, les événements de nos vies privées, nous mettons toute notre énergie à leur service, pour leur donner l’envie, le courage et même parfois la force d’apprendre, d’apprendre à apprendre, d’apprendre à faire.

Notre plus grand défi, notre plus belle expérimentation, consiste peut-être à faire vivre cette flamme en nous (re)connectant, en permanence, à notre humanité, la nôtre, la leur…

 

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[HUMEUR] Innovants ? Nous ? Pas du tout !

[novembre 2018]

Connaissez-vous un professeur dont vous estimez le travail qui dit souvent ne pas être un exemple pour ses pairs ? Une collègue dynamique et investie qui est sûre de n’être pas à la hauteur dans les activités qu’elle propose à ses élèves ? Une équipe pédagogique soudée et ambitieuse qui pense ne rien apporter d’extraordinaire à son établissement ?

Entendez-vous certains observateurs chanter les louanges des avancées nordiques ou américaines en matière d’éducation sans jamais citer d’expérimentations hexagonales ?

Combien de fois avez-vous pensé « oui » en lisant ce paragraphe ? Effrayant, n’est-ce pas ?

Le paysage des expérimentations didactico-pédagogiques françaises serait donc si hostile, si aride, si désertique ? Naturellement, non !
Mais pourquoi avons-nous tant de mal à être fiers de ce que nous créons, produisons, inventons ?

Car là peut-être se trouve une des clés pour comprendre l’origine du Mal : une modestie chronique, une humilité fermement ancrée, un manque de confiance qui, s’il ne nous empêche pas d’œuvrer activement au quotidien, nous interdit d’estimer suffisamment ce que l’on expérimente pour oser le diffuser.

Oui, nous innovons ! Chaque jour, dans chaque école, chaque collège, chaque lycée, nous innovons. Dans toutes les cours, les bureaux, les salles des profs’, des graines d’innovations germent et croissent.

D’accord. Mais, ça veut dire quoi, exactement, innover ?
Innover, ce n’est pas créer un dispositif inédit, jamais vu et absolument révolutionnaire !

Nous avons consulté notre dictionnaire de référence en ligne et pris une minute pour analyser les différentes définitions du verbe « innover », histoire de donner un peu de profondeur et de crédibilité à notre démonstration…

L’étymologie nous donne le « la » : innover est emprunté au bas latin innovare, « renouveler ». Il ne s’agit pas de créer un concept entièrement nouveau mais, comme on l’entend dans l’acception actuelle du mot, d’« introduire du neuf dans quelque chose qui a un caractère bien établi ». Chaque action qui modifiera sensiblement vos pratiques habituelles sera innovante. Chaque questionnement consacré à une modification des stratégies d’enseignement est en soi une innovation.

C’est donc ça, innover ? Oui ! Et cette définition fait du bien, nourrit notre confiance et donnerait presque envie d’être optimiste !
Ce que la Cardie se propose de vous prouver, chaque jour, dans chaque billet, chaque courrier, chaque échange, c’est que nous innovons, nous expérimentons.

Comment ? En diffusant tous les projets de l’académie qui apportent aux élèves et à leurs concepteurs des plus-values indéniables sur le terrain, au quotidien. Ces projets ce sont vos projets, toutes les initiatives que vous prenez pour que nos élèves soient heureux et réussissent.

Dernier point - et non des moindres - avant de vous dire à bientôt…
Comme pour l’Environnement, le Climat social ou la Culture, chaque petite action contribue à la construction de l’élan collectif. La moindre pierre de cet ambitieux édifice devient immédiatement précieuse voire indispensable.

« Innovants ? Nous ? Évidemment ! Alors partageons ! ».

 

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