Pistol

        Pistol, de Roy Lichtenstein, 1964, est une peinture du pop-art (abréviation d' " art populaire "). Elle représente un poing refermé sur la crosse d'un pistolet dont on ne voit que l'embouchure du canon et le barillet. Ce point de vue frontal nous étonne autant qu'il nous agresse, puisque c'est vers nous que l'arme est dirigée. Comme sur une sérigraphie, la gamme des couleurs est très réduite : le fond est rouge, le pistolet noir et blanc et le poing fortement délinéé est recouvert des fameux " dots ", ce pointillé qui mime la trame agrandie des photos de magazine et celle des plages de couleurs dans les bandes dessinées. C'est à la fois sous un angle, une échelle et un traitement chromatique inattendus qu'est donné à voir cet objet.

        Si l'identification ne fait aucun doute, la ressemblance est problématique. Par exemple, les deux couleurs de l'arme dénotent, l'une (le noir) la matérialité de l'acier et l'autre (le blanc) les reflets de la lumière sur le pistolet. Aucune nuance ni aucun dégradé ne sont permis, seul le contraste maximum entre les valeurs a été retenu : l'image est volontairement durcie par simplification chromatique et linéaire. Les " dots " rouge font système avec le fond blanc sur lequel ils se détachent. A une certaine distance, le contraste se fond en un rose chair sensé qualifier la peau. La discontinuité de ces " dots " semble ici démesurément agrandie, pour mettre en évidence la fusion qu'opère la rétine entre les couleurs à une autre échelle. Ces différents éléments traduisent une codification du perçu que l'on retrouve directement issue du mode de fabrication industrielle des bandes dessinées, comme l'expérience peut en être faite lorsque l'on regarde un fragment de case de " comics " à l'aide d'un compte-fils. Par où l'on s'apercevra que l'image agrandie de ce détail est d'une abstraction totale. Le changement d'échelle fait perdre les repères de la ressemblance et l'œuvre de Lichtenstein tire parti du va-et-vient entre la macroscopie et la microscopie. En ce sens, la manière dont la ressemblance est traitée est constitutive du sens des œuvres. Dans le cas qui nous occupe, l'artiste contemporain, plus persuadé que jamais que " le message c'est le médium ", donne du monde l'idée qu'il est désormais vu à travers la trame des images de masse : ici les " dots ", aujourd'hui les pixels. S'il nous fallait trouver le pendant de la démarche de Roy Lichtenstein à l'âge classique, nous dirions volontiers que la peinture d'histoire des XVIIè et XVIIIè siècles est très largement tributaire, quant à elle, des modes de représentations du théâtre.
 

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