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 Voyage réel, voyage mythique : dans les airs

Traduction du texte d'Ovide, Métamorphoses, II, 162-263

A la suite d'une querelle, Phaéthon demande à sa mère, la nymphe Clymène, s'il est bien le fils du Soleil. Pour le rassurer, celle-ci l'envoie chercher la réponse auprès de son père. Ému par la présence de son fils, Phoebus lui accorde imprudemment la réalisation d'un voeu : Phaeton demande de conduire pendant un jour le char du Soleil …

(Vers 161-170) Mais la charge était légère et les chevaux du Soleil ne pouvaient la reconnaître : il manquait à l'attelage le poids habituel. Comme vacillent, dépourvus de la charge nécessaire, les navires recourbés et sont emportés à travers la mer, déséquilibrés par leur légèreté excessive, de même, libéré du fardeau auquel il est accoutumé, [le char] fait des bonds dans l'air et est secoué de haut en bas comme s'il était vide. Dès qu'ils le sentent, les quatre chevaux s'élancent, abandonnent la piste battue et courent en quittant leur place habituelle. Lui, prend peur et ne sait par où tirer les rênes qui lui ont été remises, ni quel chemin prendre; s'il le savait, il ne pourrait pas faire obéir ses coursiers […]
(Vers 178-183) Mais quand l'infortuné Phaéton vit, du haut de l'éther, la terre s'étendre de plus en plus bas, il pâlit, ses genoux brusquement tremblèrent d'effroi et ses yeux, dans une telle lumière, se couvrirent de ténèbres. Maintenant il préférerait ne jamais avoir touché les chevaux de son père, maintenant il regrette de connaître ses origines et que sa demande ait été exaucée.[…]
(Vers 201-216) Dès qu'ils sentent [la bride] flotter sur leur échine, les chevaux s'emballent et, sans entrave, vont à travers les airs d'une région inconnue. Là où leur fougue les mène, ils se précipitent sans loi, ils font irruption dans les constellations fixées sous la voûte céleste et entraînent le char dans des endroits impraticables: tantôt ils atteignent des lieux très élevés, tantôt, suivant la pente et des routes escarpées, ils sont entraînés dans des contrées trop proches de la terre. La lune s'étonne de voir les chevaux de son frère courir plus bas que les siens, tandis que les nuages atteints par le feu s'évaporent. La terre, en ses sommets, est gagnée par les flammes et, fissurée, elle se crevasse et se dessèche, privée de sa sève. Les prés blanchissent, les arbres se consument avec leur feuillage et le blé desséché donne matière à sa propre destruction. Je ne déplore que les broutilles : de grandes cités périssent avec leurs murailles, les incendies réduisent en cendres des nations entières avec leurs populations et les forêts brûlent avec les montagnes [...]
(Vers 227-234) Alors Phaéthon voit de toutes parts la terre en feu et ne résiste pas à cette étuve; il aspire par la bouche l'air embrasé comme s'il sortait d'un fourneau profond et sent son char se chauffer à blanc; il ne peut plus supporter les cendres ni les étincelles projetées et il est enveloppé d'un halo de fumée brûlante. Où va-t-il ? Où est-il ? Entouré d'un brouillard épais, il l'ignore et il est entraîné au gré des chevaux ailés.