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LE MODELE AMERICAIN

par Frédéric Normand

NORMANDF@wanadoo.fr

"Attention ce cours est destiné avant tout aux professeurs et ne
prétend être reproductible tel quel devant les élèves ! ".

 

I. UN MODELE DEMOCRATIQUE

Avant même leur entrée en guerre les USA se présentent comme les défenseurs des démocraties contre les dictatures nazie et fascistes. A partir de 1941, ils se battent " pour la liberté et la démocratie ". Dans son discours à la nation du 2 sept.1945, Truman déclare : " C’est l’amour de la liberté qui nous a donné la force de nos armes et qui a rendu nos hommes invincibles dans la bataille ".

Ces principes sont inscrits dans leur constitution, texte révéré et respecté qui garantit les droits et les libertés de l’individu.

A) Les principes …

1) La Constitution de 1787.

      Elaborée en 1787, la Constitution américaine est une réussite institutionnelle puisque les amendements (26) ne l’ont pas modifiée en profondeur.

Commentaire :

Cette constitution repose sur une stricte séparation des pouvoirs et sur le système des " checks and balances "(oppositions et équilibres). Les pouvoirs s ‘équilibrent voire se concurrencent.

Le pouvoir exécutif est détenu par le Président. Elu pour 4 ans au SU indirect par de Grands Electeurs ( 538, autant que les Représentants + Sénateurs, leur nombre est proportionnel à la population : la Californie dispose de 47 Grands Electeurs aujourd’hui). Le scrutin est de liste majoritaire à un tour : la liste de grands électeurs qui emporte la majorité obtient tous les mandats qui sont ensuite impératifs).

Ex : G.Bush en 1988 remporte 426 mandats avec une majorité populaire de 54%

Le pouvoir législatif est détenu par le Congrès constitué :

- par la Chambre des Représentants, élue pour 2 ans. Il existe aujourd’hui 435 districts élisant chacun 1 représentants, c’est à dire 1 pour 0.5M d’hab. Scrutin uninominal à 1 tour.

- et par le Sénat : 2 sénateurs /Etats ( 100 membres) élus pour 6 ans renouvelable par 1/3 tous les 2 ans. Le Congrès vote les impôts le budget fédéral, la nomination des hauts fonctionnaires. Il peut proposer des lois – bills- que le Pdt transforme en acts. Si le Pdt est contre le bill il peut utiliser son veto qui lui même ne peut être contourné que par une majorité des 2/3 du Congrès.

NB : Le Congrès peut engager une procédure d’impeachment contre le Président par proposition de la Chambre au Sénat qui jugera le Président. La destitution ne peut être prononcée qu’à la suite du vote des 2/3 des Sénateurs (cf . procès Clinton en fév.99).

Le pouvoir judiciaire est incarné par cette instance supérieure qu’est la Cour Suprême qui juge de la constitutionnalité des lois. Composée de 9 juges nommés à vie par le Pdt

Le régime présidentiel américain s’est révélé stable.Le président ne peut dissoudre le Congrès , et il n’est pas " responsable " devant le Congrès mais il ne peut pas tout. :l’affaire du Watergate l’a montré (voir annexes).

En 1945, les Américains s ‘inspirent de leur constitution pour la rédaction des nouvelles constitutions allemande et japonaise. Leur influence est manifeste aussi sur la constitution des Philippines et de certains pays d’Amérique latine.

La Constitution révérée par les citoyens est donc un modèle qui a su s’exporter
 

2) Un fédéralisme vivace.

Chaque Etat a une constitution plus ou moins calquée sur la Constitution de l’Union fédérale.

Il dispose d’une réelle autonomie : législation propre en matière de droit civil et de droit pénal.

Exemple : les Etats du Sud dans les années 1945-1950 ont encore une législation ségrégationniste contre les Noirs (" égaux mais séparés ").

De même la peine de mort n’existe-t-elle pas partout aux USA ( 38 Etats l’ont maintenue)…

Chaque Etat a un gouverneur élu, une " législature " de 2 chambres et une cour suprême d’Etat. Il a des compétences fiscales en parallèle avec l’Etat fédéral et peut mener sa propre politique sociale. Il reçoit des subventions de ce dernier.

Les Américains sont très attachés à cette autonomie locale garante de leurs libertés.

B) La pratique...

La stabilité du système politique américain repose sur un certain consensus entre les deux principaux partis qui se succèdent alternativement au pouvoir. Aucun des deux partis ne remet en cause les fondements du système politique et économique du pays.

Par quoi sont ils séparés dès lors ?

NB : il existe cependant des " démocrates conservateurs " et des " républicains plutôt libéraux ". Sous Kennedy, la Chambre des Représentants comptait 174 Rép, 161 Démocrates du Nord et de l’Ouest et 101 Démocrates du Sud très conservateurs, hostiles aux lois civiques voulues par le Président…

Le bipartisme (qui doit beaucoup au mode de scrutin majoritaire) laisse peu de place à l’expression d’autres partis " indépendants ". Les candidats " indépendants " recueillent peu de voix.

De plus, il n’y eut jamais de parti fortement contestataire ou révolutionnaire (socialiste ou communiste) aux USA. Pourquoi ?

" Les conflits politiques et sociaux ont toujours été superficiels et limités à la différence de ce qui s’est passé dans les années 1930 en Europe (révolutions et dictatures). Dans les années 1950, des auteurs ( Richard Hofstader dans American Political Tradition 1948 et Louis Hartz dans The liberal tradition in America.1955) constatent cette " exception américaine " qui fait peut être la force du modèle : ils affirment que les USA ignorent les appartenances de classe stables et enracinées ainsi que la puissance des structures étatiques héritées des sociétés au long passé féodal et absolutiste. De plus l’abondance matérielle, l’individualisme, la mobilité sociale et géographique, les conflits ethniques…font que l’Amérique est politiquement fragmentée en une série de regroupements divers… les querelles ne portant que sur des divergences d’intérêt ou des questions de statut social, elle n’est pas traversée par une ou deux lignes de partage… "( in M.Rogin Les démons de l ‘Amérique).

Cette interprétation fondée sur le " consensus " créateur d’une vie politique harmonieuse et pouvant être proposée comme " modèle " au reste du monde, reflète l’optimisme des années 1945-1950 mais le " consensus " américain se nourrit aussi de peurs importées, de la théorie du complot et de l’idéologie de la contre subversion (pour rendre compte de la réalité politique américaine, Hofstdader étudie aussi l’extrême-droite conservatrice et chauvine) comme le montre l’épisode " maccarthyste "( voir annexe 1).

C) Problèmes…

Depuis la fin des années 1960 on assiste à un fléchissement de la participation électorale y compris aux élections présidentielles. Comment expliquer ce phénomène ?

Il existe des causes techniques : forte mobilité géographique des Américains, électeur très souvent sollicité et vote ayant lieu un jour ouvrable. Ex : un électeur qui vivait à Oakland (Californie) devait voter le 8 nov. 1988 pour choisir 48 candidats à 13 fonctions (depuis le président des Etats-Unis jusqu’au directeur du parc régional…) et devait donner un avis sur 43 questions différentes.

Mais les causes politiques ne sont pas absentes : idée que le vote ne changera rien, qu’il n’y a qu’une faible différence entre les deux grands partis, que les candidats sont " médiocres ", poids de l’argent et de la communication qui simplifient à outrance les messages…

En 1992, les Américains ont élu Bill Clinton sur un programme politique qui fait de lui " a new kind of democrat ". Il a prétendu incarner une " voie moyenne " qui n’a pas vraiment mobilisé les électeurs : si la participation électorale a semblé stable (un peu plus de 50% des électeurs potentiels), aux élections législatives de 1994, seuls 38% des électeurs se rendent aux urnes, Bien que les élections législatives de mi mandat (" mid-terms ") mobilisent en général moins d’électeurs que les présidentielles, certains politologues y ont vu un signe de leur désenchantement croissant à l’égard de leur système politique .

Premier symptôme de ce désenchantement : une crise de confiance dans l’Etat : selon un sondage Time-CNN de sept.1994, seuls 19% des Américains faisaient confiance à l’Etat pour résoudre leurs problèmes, contre 44% en 1984 et 72% en 1964…Ainsi les Américains semblent-ils attendre beaucoup de l’Etat sans pour autant lui faire confiance.

Deuxième symptôme : le sentiment que le pouvoir de décision échappe aux citoyens. En 1995, 79% de ceux-ci estimaient que l’Etat fédéral était largement dirigés par des lobbies (groupes d’intérêt) et 58% affirmaient n’avoir guère d’influence sur les décisions.

Est-ce une crise du modèle démocratique ? Les processus démocratiques américains sont assurément faussés par un abstentionnisme volontaire qui devient de plus en plus structurel. Le bipartisme est aussi remis en question : Démocrates et Républicains paraissent désormais plus soucieux de leur réélection que des réformes à opérer dans le pays et leurs programmes tendent à se ressembler…

En 1996, la participation aux élections présidentielles a été de 50%…
 
 

II. LE MODELE ECONOMIQUE.

A) Le temps du triomphe (1945-1970)

Les USA sont dans les années 1950 la 1 ère puissance économique mondiale, ils réalisent 40% du PNB mondial, produisent 50% des biens manufacturés mondiaux en 1955 et sont la première puissance commerciale (excédents commerciaux importants). De 1953 à 1963, le PNB augmente de 25% . Cette puissance repose sur le capitalisme de marché.

1) La libre entreprise.

Aux premiers temps de la colonisation, l’Amérique a été perçue comme un nouvel " eldorado ", une terre promise sur laquelle tout était possible.

L’esprit pionnier des 1ers colons et de leurs successeurs partis à la conquête de l’Ouest s’est ensuite mué en esprit d’entreprise : quand l’espace américain est conquis, à partir des années 1890, le pionnier devient le chef d’entreprise, le" businessman ", ou " self made man ". Cet esprit d’entreprise entretient le culte de l’innovation, du progrès qui font reculer les contraintes.

Dans l’esprit américain la réussite individuelle et la prospérité personnelle sont valorisées et admirées mais " la richesse n’est pas perçue comme une récompense divine dans la mesure où l’homme n’est que l’intendant des biens de ce monde. Il doit les faire fructifier pour le bien de tous et ne jouit que temporairement des ses biens. La prospérité individuelle entretient la prospérité collective et la charité privée doit être pratiquée "(M.C Pauwels Le rêve américain).

2)Les caractéristiques du capitalisme américain.(années 1950-1970)

Il dispose de ressources naturelles importantes ainsi que d’un marché intérieur important.

a) profit rapide

Le capitalisme américain repose sur l’idée que le profit doit être rapide et recourt donc massivement à l’emprunt, à la Bourse, au " capital risque ". Les actionnaires espèrent un profit rapide et un rendement élevé de leurs actions. Ils préfèrent une gestion confiée à des managers qui ne possèdent pas l’entreprise mais sont soutenus par le C.A pour faire fructifier le capital. C’est un capitalisme " managérial " qui remplace les capitalisme familial des années 1860-1914.

b) Poids de la grande entreprise.

Déconsidérée lors de la Grande Dépression des années 1930, la grande entreprise " concentrée " redevient prestigieuse après la victoire de 1945 rendue possible par la formidable mobilisation de l’économie et des entreprises américaines qui renouent ainsi avec la prospérité. Les 500 1ères entreprises américaine assurent le 1/3 du PIB…

Elles utilisent toujours les méthodes tayloristes et fordistes et parviennent à réaliser une production de masse. Elles ont une capacité d’innovation technologique importante.

Les techniques de marketing se développent pour écouler cette production.

Ces entreprises sont tournées vers l’extérieur : elles exportent et investissent dans le reste du monde en reconstruction.
 
 

3)Quelle place pour l ‘Etat ?

Les Américains ont une tradition de défiance à l’égard de l’Etat : " le meilleur Etat est celui qui gouverne le moins ".(Henry David Thoreau Essays on civil Disobedience . 1849"

La Constitution américaine est elle même un compromis entre les fédéralistes partisans d’un Etat fort (Hamilton), et les antifédéralistes (Jefferson).

Entre 1945 et 1960, les présidents Truman et Eisenhower héritent de l’Etat " rooseveltien " marqué par le New Deal, et donc d’une tradition plutôt " interventionniste " qu’ils ne remettent pas fondamentalement en cause.

Mais ils restent fidèles à un interventionnisme très limité dans le jeu du marché ( l’Etat se contente de garantir une concurrence équilibrée, de protéger les lois du marché par sa réglementation).Ses services publics sont peu développés, il ne possède pas d’entreprise (pas de nationalisations).

C’est dans le domaine de la protection sociale que l’Etat issu du New Deal s’autorise une intervention (Sécurité Sociale de 1935 qui couvre l’assurance vieillesse et le chômage mais pas la maladie). Le Président Truman essaye d’étendre le New Deal entre 1945 et 1952 mais il se heurte à l’opposition des Républicains qui bloquent ou limitent l’ampleur de ses projets ( Truman parvient à étendre la S.S à 10 M de personnes supplémentaires, à augmenter le salaire minimum, à faire construire 800 000 logements sociaux mais son projet d’assurance maladie universelle échoue, la législation sur les droits civiques progresse peu à cause des démocrates du Sud…).

Eisenhower (1952-1960) s’inscrit ensuite dans le " consensus libéral " qui caractérise la vie politique américaine entre 1945 et 1960. " Il consiste dans la confiance en un Etat libéral moderne qui permet d’éviter la Dépression, de maîtriser les cycles économiques, qui redistribue une partie des richesses et maintient ainsi la paix sociale par une intervention modérée et limitée. " (A.Coppolani. op.cit)

B) Le temps des doutes ( 1970-1992)

1 ) Un déclin économique relatif (1970-1983)

Dès 1970, les Américains perçoivent que leur position relative dans l’économie mondiale :ils ne réalisent " plus que " 30% du PNB mondial en 1970 contre 40% en 1950. La même année ils enregistrent un taux de chômage perçu comme inquiétant : 6% et la première récession économique depuis 1958 : - 3.9% du PNB. L’inflation est à 5.7 % et en 1973 la balance commerciale connaît son premier déficit depuis 1893…

Le pays entre dans l’ère de la stagflation et perdant confiance dans son modèle économique, il doit adopter des mesures dirigistes : gel des salaires des prix et des loyers pendant 3 mois puis contrôle des prix simplement. Ces mesures sont abandonnées quand le choc pétrolier de 1973-1974 provoque une crise générale… (8.8% de chômeurs en 1973, 11% en 1974)

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 portent un rude coup à l’économie de la première puissance mondiale grosse consommatrice d’énergie ( elle importe 50 % du pétrole qu’elle consomme). Au printemps 1979, les queues devant les stations d’essence rappellent aux Américains qu’ils dépendent largement du reste du monde pour leurs approvisionnements et leur croissance économique : alors que les exportations ne représentaient que 5 % de leur PNB après 1945, elles représentaient 8.5% désormais et les importations 10%.

Le taux de couvertures des importations par les exportations se dégradent depuis les années 1960 (140%) : le passage en dessous des 100% se fait à la fin des années 1970.

La vulnérabilité face à la concurrence étrangère s’accroît et inquiète une puissance qui avait toujours eu des avantages compétitifs décisifs depuis 1945 (contrôle du coût de l’énergie et des matières premières , avance technologique).
 

2) Nouvelles méthodes, nouvelle révolution industrielle

Les méthodes " fordistes " sont remises en cause : " l’absentéisme, un fort turn over, des grèves répétées ont souligné les limites de ce modèle de production de plus en plus mal accepté par une population qui voit un décalage trop important entre un travail sclérosant et l’augmentation de son confort matériel " (J.Vaïsse. Le modèle américain).

Le " toyotisme " influence désormais les managers américains : " triple zéro : 0 défaut , 0 délai, 0 stock ", recomposition du travail au sein de l’atelier et association cadres-ouvriers dans le contrôle de qualité, flexibilité du salaire…

Toujours un rôle de précurseurs….

Les écarts de productivité et de niveau de vie avec l’Europe et le Japon se réduisent mais les USA gardent tout de même une certaine avance puisque leur évolution vers une société post-industrielle est plus précoce : dès 1956, le nombre de " cols blancs " avait dépassé celui des " cols bleus " et ,à la fin des années 1970, le tertiaire occupe plus des 2/3 de la population active Les USA jouent aussi un rôle précurseur dans la 3 ème révolution industrielle fondées sur les hautes technologies.

3)  Retour à la prospérité mais nouveaux problèmes.(1981-1996)

a)  Lutter contre la crise : la " révolution conservatrice "(1981-1992).

En 1980, le républicain R.Reagan est élu président des USA sur un programme qui se veut " révolution conservatrice "

Pour lutter contre la crise, les idéologues de la révolution conservatrice proposent de limiter les dépenses de l’Etat et donc le déficit du budget fédéral pour limiter l’inflation. Ils prônent aussi une économie de l’offre qui remplacerait l’économie de la demande de type keynésien chère aux démocrates : en réduisant les impôts sur les hauts revenus l’investissement productif sera relancé ; la relance de l’offre passe aussi par la dérégulation (assouplissements des règlements mis en place par l’Etat). Pour le président Reagan " l’Etat n’est pas la solution aux problèmes, il est le problème ".

Au lieu du Welfare State (Etat Providence), la révolution conservatrice propose le Workfare State : il s’agit de remettre les chômeurs au travail en exigeant d’eux un travail (emploi public ou non) qui donne droit aux allocations chômage. Le système précédent est en effet accusé de démotiver les chômeurs et d ‘entretenir chez eux une mentalité d’assisté…

    b / Bilan et problèmes …

A partir de 1983, les Usa connaissent une croissance économique continue jusqu’en 1990 sans toutefois retrouver les taux de croissance annuels élevés des années 1950-60. Le chômage passe de 10% à 5 % de la population active entre 1983 et 1990.

Cette prospérité a ses revers : les nombreux emplois créés sont en partie des emplois de services peu qualifiés aux salaires médiocres (bad jobs).

Les inégalités ont continué de se creuser : la pauvreté qui ne cessait de reculer depuis les programmes sociaux des années 1960 recommence à augmenter : 14% des Américains vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 1985, 13.6 % en 1986 contre 11.8% en 1977.

La baisse des aides sociales de l ‘Etat a joué un rôle dans cette augmentation.

De plus l’Etat vit au dessus de ses moyens grâce à l’emprunt : le déficit de son budget devient structurel et entraîne un endettement important.

La balance commerciale quant à elle est déficitaire : les USA vivent à crédit et consomment plus qu’ils ne produisent. Leur endettement extérieur crée un position de débiteurs qu’ils n’avaient plus connue depuis…1917.

Le désengagement de l’Etat dans le secteur scolaire et dans la construction d’infrastructures(dégradation ) a fini par poser des problèmes graves et coûteux auxquels Bill Clinton ,lors de sa campagne de 1992, a affirmé vouloir apporter des solutions (constructions d’infrastructures, mais lutte contrôle stricts des dépenses fédérales…)

III. UNE SOCIETE ET UNE CULTURE MODELES ?

A)" Une société d’abondance ".(Affluent Society). (1945-1960)

Les années 1945-1960 sont un âge d’or pour l’économie américaine et l’ " American way of life " présente des caractères qui serviront de modèles au reste du monde.

1) L’American Way of Life.

L’Amérique se présente comme le paradis du consumérisme. En 1950, le niveau de vie de l’Américain est 2.5 fois supérieur à celui de l’All ou du Français et le taux d ‘équipement des ménages américains est très supérieur à celui des Européens.

La génération d’adultes des années 1940-50 bénéficie et participe à la croissance économique en donnant naissance à de nombreux enfants " baby boom ".Une frénésie de consommation s’empare d’elle après l’épargne forcée qui a marqué la période de guerre.. Le GI Bill permet aux anciens combattants de reprendre gratuitement leurs études interrompues par la guerre (bourses), d’obtenir des prêts pour créer une entreprise ou accéder à la propriété.

La prospérité de ces années achève la formation d’une importante classe moyenne qui voit ses revenus augmenter régulièrement (le salaire réel augmente de 50% entre 1947 et 1967.), qui accède à un certain niveau de confort matériel (voir tableau comparatif), fuit les centres-villes pour vivre dans des pavillons de banlieue standardisés( " levittowns "), se rend au travail en voiture (en 1960, 75% des ouvriers déclarent se rendre à leur travail en voiture) symbole de la réussite sociale et du niveau de vie.(1 Américain/4 vit en banlieue en 1950, 1/3 en 1960, ½ en 1990.)

2) le modèle de vie s’exporte

Ce mode de vie est admiré et envié dans le monde entier et il est véhiculé par la publicité, les exportations américaines. Le " made in USA " est recherché.

Le cinéma hollywoodien diffuse aux Américains et au reste du monde des films dans lesquels l’optimisme et la foi dans l’avenir dominent, l’ usine à rêve est attachée avant tout à " l’entertainment ", au " happy end ". Mais la fascination exercée par le modèle n’est pas exempte d’une certaine méfiance .
 

La France face au modèle américain

Dans les années 1945-1950 les Français se demandent si "l’Amérique doit être considérée comme une modèle ou comme une menace et comment atteindre le degré de prospérité et de puissance économique sans pour autant payer le prix sur la plan culturel et social ? " 

Le mode de vie américain est admiré par une grande partie de la population française qui adhère ""  la culture des masse ". Mais une élite cultivée, appartenant à la classe intellectuelle refuse ce modèle. Louis Aragon ,en 1951, estime que " l’Amérique est une civilisation de baignoires et de frigidaires "…Cette élite est plus attirée par l’expérience soviétique que par l’abondance matérielle et la vie facile que fait miroiter l’Amérique…Jusqu’en 1970, le modèle de société progressiste des intellectuels français… se situera à l’Est, en URSS. " 

Au début des années 1950 le Coca Cola fait même l’objet d’une campagne de diabolisation. Il serait coupable, en vrac, " d’aggraver le déficit commercial français, de mettre en péril les boissons nationales, d’être dangereuse pour la santé, une drogue… " 

d’après M.C Pauwels. Le rêve américain pp.113-115.

    B) Une prise de conscience des insuffisances du modèle(1960-1974)

Tout au long des années 1950, les Américains avaient cru en l’avènement d’une société idéale créée par la croissance. En 1958, dans " The Affluent Society ", l’économiste John Kenneth Galbraith constate que la croissance économique n’est pas la solution à tous les problèmes : des poches de misère subsiste la minorité noire ne profite pas de la croissance et subit une discrimination qui la marginalise. Selon Galbraith, les USA manquent d’investissements publics, le secteur public existant est insuffisant pour corriger les inégalités et cela risque même d ‘empêcher la croissance future du pays (infrastructures insuffisantes).De plus il constate que le développement incontrôlé des villes crée une situation de crise urbaine, entraîne le délabrement des quartiers…

" La pauvreté au milieu de l’abondance " est donc bien une réalité: vers 1950 20 à 25% de la population vit en dessous du seuil officiel de pauvreté et cette population est à 22% constituée par des Noirs, alors que l’économie américaine a une capacité de production telle que le marché intérieur ne peut l’absorber que par le recours au crédit , et une agriculture qui est en surproduction régulière depuis 1948…

En nov.1960, le candidat démocrate J.F. Kennedy est élu à la présidence des USA après une campagne électorale qui montre le poids désormais déterminant de l’argent (le père de Kennedy a largement financé cette campagne), du charisme du candidat (jeune et séduisant) et surtout de la télévision puisque, suite à 3 débats dans lesquels Kennedy apparaît plus à l’aise, plus calme que son adversaire Nixon, le premier l’emporte de justesse avec 119057 voix d’avance sur 69 M de suffrages…La politique américaine entre dans l’ère de la publicité et de la communication politiques.

Kennedy avait affirmé la nécessité d’une " nouvelle frontière " afin de renouer avec l’esprit pionnier des Américains dans son discours d’investiture à la convention démocrate de juillet 1960.

à Exercice possible  : étude de texte dans Hachette p.147. + questions.

1) La lutte contre les inégalités raciales et sociales.

a) Lutte contre la ségrégation.

La minorité noire semble exclue du modèle économique et social américain : en 1959, 56% des Noirs vivent en dessous du seuil de pauvreté.et dans les Etats du Sud, les Noirs vivent selon le statut de " séparés mais égaux " en vertu de l’autonomie qui est conférée aux Etats en matière de droit civil et pénal. La ségrégation est la règle dans les restaurants, les bus, les lieux publics, les églises ou temples, les écoles blanches n’acceptent pas d’enfants noirs. Des pancartes précisent " Whites Only " ou " Blacks " " Whites ". Les Noirs ont le droit de vote mais dans ces Etats du Sud, on les oblige à passer des tests avant de s’inscrire sur les listes électorales pour les intimider et les dissuader de s’inscrire.( A Selma, Alabama on compte 325 Noirs inscrits et 9800 blancs alors que les Noirs sont majoritaires).

En 1954 la Cour Suprême avait interdit la ségrégation scolaire mais cette mesure n’est pas respectée.

En 1955, le pasteur baptiste M. Luther King organise le boycottage des bus de Montgomery (Alabama) qui dure 381 jours. En 1957, l’armée fédérale est envoyée à Little Rock (Arkansas) pour permettre à des enfants noirs d’entrer dans une école blanche.

En 1960, la Cour Suprême impose la déségrégation dans les bus. Dans les années qui suivent des " sit-in " sont organisés devant les restaurants qui refusent de servir les noirs. Des affrontements avec la police des Etats ont lieu. Des " voyages de la liberté " au départ de Washington vers le Sud sont entrepris pour attirer l’attention des médias .L’événement le plus retentissant est la grande marche sur Washington lors duquel M.Luther King prononce son célèbre discours " I have a dream "(28 août 1963). Sa volonté est de hâter le vote par le Congrès de lois antidiscriminatoires.

à Texte 1 p 148 Hachette.

Kennedy ayant été assassiné le 22 nov.1963, c’est sous l’Administration Johnson, son vice Pdt qui le remplace, que sont adoptées les lois civiques :

  • Juin 1964 : le " Civil Rights Act " interdit la discrimination dans les lieux et services publics, dans l’embauche, dans l’enseignement.
  • Août 1965 : le " Voting Rights Act " délègue à des agents fédéraux le contrôle de l’inscription des Noirs sur les listes électorales jusque là entre les mains des seuls Etats

En septembre 1964, ces lois sont complétées par l’Affirmative Action qui consiste à réserver des places aux minorités dans les universités , des emplois dans les administrations et entreprises recevant des subventions fédérales. C’est une " discrimination positive ".

    b / La lutte contre la pauvreté : les programmes sociaux .

Les présidents démocrates se tournent aussi vers les plus démunis. En 1965 sont mis en place les programmes

  • Medicare : prise en charge quasi-totale par le gouvernement des frais médicaux des personnes de plus de 65 ans.
  • Medicaid : l’Etat fédéral aide les Etats à rembourser les frais médicaux des plus démunis.
  • Ces programme s’ajoutent à " l’Aid to Families of Dependant Children " de 1961.(8 M de bénéficiaire en 1965, 15 M de bénéficiaires en 1975 dont 47% de Noirs.
  • Des tickets d’alimentation( block grants) sont aussi versés.

Les présidents démocrates ont donc essayé de donner un nouveau souffle au modèle américain en prenant en compte les limites auquel celui-ci était parvenu. Mais la décennie suivante est encore plus préoccupante pour l’avenir du modèle…

2) Le refus du modèle

a) La radicalisation du mouvement des droits civiques.

Après 1965, certains mouvements noirs considèrent qu’il doit exister un pouvoir noir aux USA, que les Noirs doivent prendre en main leur destin économique, politique et culturel dans le cadre de leur communauté et non dans le cadre de la nation américaine (séparatisme révolutionnaire). C’est l’idéologie du Black Power de Stokely Carmichael.

Les Blacks Muslims de Malcom X (le X évoque l’abandon du nom américain et est utilisé en attendant l’attribution d’un nouveau nom musulman, X = ex-american aussi..) se cherchent une identité dans l’Islam, refusent l’assimilation culturelle et proclame le droit des Noirs à l’autodéfense contre une " société blanche malade et malhonnête ".

Entre 1965 et 1968, le chômage, la crise urbaine et la répression policière entretiennent des révoltes de jeunes noirs dans les ghettos des villes du Nord et de l’Ouest( Harlem NY, Watts LA…). Les Black Panthers pour l’autodéfense fondées en 1966 à San Francisco, par des animateurs d’un centre antipauvreté(subventionné), se réclament aussi du nationalisme afro-américain mais aussi du marxisme, du tiers-mondisme et de l’anti-impérialisme.

Ces mouvements expriment un refus radical du modèle socio-économique américain

b) La contestation des milieux étudiants et intellectuels.

La fin des années 1960 marque l’arrivée à l’âge adulte des générations nombreuses nées du baby-boom. Le nombre d’étudiants a doublé entre 1946 et 1964, et ils représentent 50% de leur classe d’âge.

Des associations d’étudiants et des universitaires dénoncent les valeurs du modèle américain et entendent lui substituer un contre-modèle : ils dénoncent la patriotisme, le consumérisme, le conformisme, refusent l’autorité , tout ce qui constitue l’American Way of Life et les valeurs de la majorité des classes moyennes américaines…

Leur contre-modèle est fondé sur le pacifisme, l’humanisme, l’utopisme et s’inspire largement du marxisme et du socialisme.

Ils nient que les USA soient une vrai démocratie et a fortiori une démocratie modèle comme l’atteste le nom que prend cette association étudiante créée en1960 : Students for a democratic society

Lors de manifestations sur les campus, ils se heurtent fréquemment à la police qui procèdent à des arrestations qui elles même entraînent des protestations jusqu’à ce que soient relâchés les étudiants.
 

3)L’apogée de la contestation :l’opposition à la guerre du Vietnam.

En 1965, les USA s’engagent plus directement dans un conflit de guerre froide au Vietnam entre Vietnam du Nord et Vietnam du Sud. Ils avaient commencé par envoyer des conseillers puis en 1965-1966, ils augmentent leurs effectifs en ayant recours à une conscription sélective ( 6% des jeunes en âge de servir iront au Viêtnam). Des étudiants appelés provoquent des incidents dans les ports d’embarquement, brûlent leur livret militaire et manifestent leur refus de faire cette guerre contre un peuple qui se bat pour son indépendance…

Le conflit vietnamien est une " sale guerre " visible à la télévision. Les images de destruction de villages, de soldats blessés choquent les étudiants mais aussi l’opinion mondiale. Il est aussi à l’origine d’une militarisation de l’économie américaine : la guerre entretient la prospérite économique et une complexe militaro-industriel se crée " conjonction égoïste d’intérêts entre l’armée[voulant]s’approprier la plus grosse part du budget, l’industrie, avide de bénéfices exorbitants(…)et tous ceux dont l’emploi dépend de ces dépenses " (Mélandri p214)

Au début de l’année 1968, l’offensive du Têt menée par le Nord Viêtnam met à mal la puissance américaine et renforce l’idée qu’une victoire totale n’est pas proche.

Les divisions de la société américaine sont réelles : les démocrates eux-mêmes sont divisés sur leViêtnam et les programmes sociaux( cf Robert Kennedy opposé à Johnson)

Au cours de la campagne pour les élections présidentielles de 1968, le canularesque Youth International Party d’Abbie Hoofman et Jerry Rubin désignent un cochon comme candidat ! Le président Johnson annonce qu’il ne représentera pas.

Les républicains font campagne sur le thème de la défense de la " majorité silencieuse ", composée des Américains de la middle-class oubliès de la " Grande Société " démocrate parce que " ni pauvres, ni jeunes, ni de couleurs ". Cette majorité ne comprend pas qu’une victoire décisive ne soit pas remportée au Viêtnam malgré les moyens humains et financiers engagés et profite de l’American Way of life qui voit les shopping centers se développer, les Mac Donald’s se répandent et la consommation hebdomadaire de TV augmenter de 40 à 46 h entre 1960 et 1970. Cette middle class aspire à profiter d’une civilisation des loisirs qu’elle est en train d’inventer et finira par souhaiter elle aussi le retrait des soldats américains du Viêtnam (accords de Paris 1973).
 

C) L’Etat de la société américaine aujourd’hui (1975-1996)

1) Les inégalités demeurent, les programmes sociaux sont remis en cause…

De 1973 à 1993, les revenus des 10% des salariés les plus modestes ont baissé de 35% alors que ceux des 10% les plus riches ont augmenté de 25%. En 1994, 14% de la population américaine vivait en dessous du seuil de pauvreté et 7 à 8% des travailleurs à plein temps vivent en dessous du seuil( moins de 8000 $ /an). Un tiers de la communauté noire est située en dessous de ce seuil et 30% de la minorité hispanique.

Certes sur 100 hommes en âge de travailler, seuls 5 sont au chômage mais 3 sont en prison ( contre 0.4 en France…

En 1995, Clinton oppose son veto à un projet de loi du Congrès supprimant l’Aid to Families of Dependant Children (aide aux femmes seules avec enfant) mais en août 1996 ( les élections présidentielles sont au mois de novembre suivant…) il fait une concession aux Républicains en signant une loi réduisant l’aide aux pauvres. Elle consiste à réduire l’AFDC et le nombre de tickets d’alimentation (block grants), à transférer aux Etats la gestion des ces prestations désormais conditionnées à la recherche d’un emploi ou à la participation à des formations, mais aussi limitées dans le temps (5 années au cours d’une vie sauf pour les 20% des gens en très grande difficulté).

Selon Nicole Bacharan, Clinton a réussi un coup de maître : " il signe la loi avec tant de réticences, après plusieurs vetos, qu’ils parvient à apparaître comme le seul capable d’en amender les dispositions les plus dures…s’il est réélu ".(Le piège.Seuil.1999)

2 ) Une nation unie ?

Le vice-président Al Gore fit un jour un lapsus dans l’un des ses discours lorsqu’il traduisit le fameux " E Pluribus Unum " par " de l’unité à la multiplicité "…Est-ce sous l’influence du multiculturalisme qui touche désormais la société américaine au point que l’on préfère parler de " salad bowl " plutôt que de " Melting Pot " ? (si celui-ci a jamais existé…).

Le multiculturalisme valorise les minorités et les différences qui constituent la société américaine . Sont considérées comme minorités : les femmes, les homosexuel(le)s, les minorités de couleurs…Ces minorités refusent (ou l’on refuse en leur nom dans les universités…) la culture blanche, anglo-saxonne, mâle et élitiste…Les études multiculturelles consistent en l’établissement de programmes d’enseignement " ethnocentriques " : " études africaines pour les Noirs…etc…

Du multiculturalisme découle le politiquement correct qui consiste-notamment- en des précautions de langage pour désigner ces minorités, les " personnes à handicap ", " en surcharge pondérale " ( 30% des Américains seraient considérés comme obèses…).

Le multiculturalisme en exaltant le " pluribus " plus que " l’unum "(J.Vaïsse.op cit) met à mal le modèle américain d’intégration. De même l’" affirmative action " discrimination positive qui devait favoriser l’intégration des minorités dans les administrations, les universités est-elle montrée du doigt comme créatrice de racisme " inversé " en encourageant l’affirmation de groupes ethniques ou sexuels…Cette discrimination positive est aussi contraire à la méritocratie dans les universités car elle pénalise des " catégories " (Juifs, Asiatiques) considérées comme " trop douées ". L’ " affirmative action " a été abandonné en Californie en 1996.

3) La société américaine est-elle condamnée à la désintégration ?

Si les Blancs non hispaniques représentent actuellement 72% de la population, ils ne seront plus que 53% en 2050. Les Hispaniques sont 11% et devraient représenter 25% à la même date. Les Noirs sont 12% et ne seront que 14% en 2050.

Quel est l’avenir du modèle d’intégration américain ? Le melting-pot reste une composante importante du modèle américain : beaucoup d’immigrés récents rêvent de l’intégrer politiquement et civiquement en se retrouvant autour du drapeau, du 4 juillet, de la Constitution…

@

Par Frédéric Normand

Professeur (T.R) au lycée-collège Augustin Thierry de Blois (41).

NORMANDF@wanadoo.fr

( Ce cours doit être simplifié pour les élèves : c'est, avant tout, une source d'informations pour les profs )

Bibliographie :

Ouvrages généraux :

Coppolani Antoine. La vie politique aux Etats-Unis de 1945 à nos jours. Ellipses.1997

(excellente synthèse en 100 pages).

Fohlen Claude. Les USA au XX ème siècle. Aubier 1988

Heffer Jean. Les Etats-Unis de 1945 à nos jours. A.Colin.Cursus.1997

(utile pour les aspects économiques : tableaux, graphiques…)

Mélandri Pierre. Histoire des USA de 1865 à1996. Nathan U

(bien pour la périodisation depuis 1945).

Toinet Marie Fr. et Lennkh Anne.(dir) L’Etat des Etats-Unis. La Découverte.1990.

Vincent Bernard.(dir) Histoire des USA.Champs Flammarion.1997

Sur la notion de " modèle ".

Pauwels Marie Christine. Le rêve américain. Hachette Sup.1997

(sur les composantes du rêve :liberté, égalité, recherche du bonheur, rêve d’abondance, mobilité sociale et géographique, un chapitre sur la France réfractaire au rêve…)

Vaïsse Justin. Le modèle américain. Colin Synthèse Histoire. 1998

    (sur l’état du " modèle " dans les années 1990. Bien pour les mythes fondateurs).
     
     

Autres :

Bacharan Nicole. Le piège. Quand la démocratie perd la tête…Seuil 1999

Rogin Michael. Les démons de l’Amérique. Essais d’histoire politique des USA.Seuil1998.
 
 

Et aussi :

les manuels de terminale…
 
 

Annexe 1 : Les limites d’une démocratie modèle : l’épisode maccarthyste.(1950-1954)

Dès le début de la guerre froide, une méfiance s’installe contre les communistes aux USA ; l’administration Truman déclenche des enquêtes sur ses fonctionnaires, il existe une commission des activités anti-américaines de la chambre des Représentants active depuis les années 1930. Mais la " peur des communistes prend une dimension nouvelle avec le sénateur républicain du Wisconsin, Joseph Mac Carthy .

En 1950, il dénonce la mainmise des communistes sur le Département d’Etat et obtient la création d’une sous-commission d’enquête au Sénat qu’il préside. Il se lance dans la recherche de ceux qui mènent des activités " anti-américaines ", c’est à dire les personnes suspectes de sympathie pour le communisme .: les fonctionnaires, les intellectuels, les acteurs sont particulièrement visés et une véritable "chasse aux sorcières " se met en place.

Le " maccarthysme "s ‘appuie sur les inquiétudes que font naître les succès communistes dans le monde : acquisition de la bombe A par l’URSS, victoire des communistes en Chine, invasion de la Corée du Sud par Corée du Nord.

Le " maccarthysme " met à mal les libertés fondamentales car il pratique l’amalgame entre " communiste/ sympathisant communiste/ New Dealer/ libéral… et ne connaît une décrue que vers 1954 quand le sénateur s’en prend à des officiers de l’armée " au service des rouges "...il est désavoué par l’opinion et le Sénat qui le blâme en déc.1954 .(13 millions de personnes auront été vérifiées entre 1950 et 1954 ; Charles Chaplin émigre en Europe en 1952 et les USA lui suppriment son visa de citoyen anglais pour le dissuader de revenir.

Une démocratie modèle ? Cette théorie du complot communiste invisible entretenu généralement sans preuves a beaucoup entaché l’image des USA . Les personnes soumises aux enquêtes ont mis en avant pour leur défense la constitution et les libertés fondamentales qu’elle est censée garantir, notamment les libertés de conscience et d’opinion…

Cette peur des communistes est largement importée puisqu’il n’y eut jamais de parti communiste fort et influent aux USA.C’est dans le contexte maccarthyste que les époux Rosenberg sont accusés d’avoir livré des secrets sur la fabrication de la bombe atomique à l’URSS et sont exécutés en 1953 : on sait aujourd’hui qu’ils étaient effectivement coupables mais les informations données n’étaient pas essentielles. Il y eut une campagne d’opinion mondiale en leur faveur)

Annexe 2 :Une crise politique grave : le Watergate. 1972-1974

En nov.1972, Nixon est réélu. En 1974 il démissionne suite au scandale du Watergate.

Au printemps 1972, alors que la campagne électorale se prépare, des " plombiers " sont arrêtés dans l’immeuble qui abrite le QG du parti démocrate à Washington, le Watergate.

L’enquête révèle que ces hommes devaient poser des micros dans l’immeuble et qu’ils pourraient avoir des liens avec des hommes de l’entourage du président.( printemps 1973).

En juillet 1973, les organes chargés de l’enquête dont un procureur spécial nommé par Nixon apprennent que le président enregistre ses conversations à la Maison Blanche : on lui demande de communiquer ces bandes. Le procureur spécial est renvoyé par Nixon en octobre 1973 qui n’accepte de livrer que des transcriptions écrites de ces bandes…

La Chambre des Représentants engage alors une procédure d’impeachment : un vote favorable de cette Chambre provoquerait la mise en accusation et le jugement du Président par le Sénat . Le 8 août 1974, Nixon préfère démissionner pour redevenir un citoyen privé et échapper à toute procédure. Son vice-pdt lui succède (G.Ford).

L’affaire du Watergate met fin à " la présidence impériale "(expression d’Arthur Schlesinger. Imperial Presidency.1973) qui caractérisait le fonctionnement du système politique américain depuis 1945. En effet, les prérogatives de la présidence n’avaient cessé de croître depuis Roosevelt: sur le plan extérieur. Dans ce domaine, le président s’était arrogé des pouvoirs de décisions que la Constitution ne prévoyait pas (c’est le Congrès qui devait déclarer la guerre et non le seul Président comme Truman l’avait fait pour la Corée, comme Johnson, qui pour l’intervention au Viêtnam, avait exploité une résolution ambiguë du Congrès…)

 

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