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par Frédéric Normand "Attention
ce cours est destiné avant tout aux professeurs et ne I. UN MODELE DEMOCRATIQUE Avant même leur entrée en guerre les USA se présentent comme les défenseurs des démocraties contre les dictatures nazie et fascistes. A partir de 1941, ils se battent " pour la liberté et la démocratie ". Dans son discours à la nation du 2 sept.1945, Truman déclare : " Cest lamour de la liberté qui nous a donné la force de nos armes et qui a rendu nos hommes invincibles dans la bataille ". Ces principes sont inscrits dans leur constitution, texte révéré et respecté qui garantit les droits et les libertés de lindividu. A) Les principes 1) La Constitution de 1787. Elaborée en 1787, la Constitution américaine est une réussite institutionnelle puisque les amendements (26) ne lont pas modifiée en profondeur.
Commentaire : Cette constitution repose sur une stricte séparation des pouvoirs et sur le système des " checks and balances "(oppositions et équilibres). Les pouvoirs s équilibrent voire se concurrencent. Le pouvoir exécutif est détenu par le Président. Elu pour 4 ans au SU indirect par de Grands Electeurs ( 538, autant que les Représentants + Sénateurs, leur nombre est proportionnel à la population : la Californie dispose de 47 Grands Electeurs aujourdhui). Le scrutin est de liste majoritaire à un tour : la liste de grands électeurs qui emporte la majorité obtient tous les mandats qui sont ensuite impératifs). Ex : G.Bush en 1988 remporte 426 mandats avec une majorité populaire de 54% Le pouvoir législatif est détenu par le Congrès constitué : - par la Chambre des Représentants, élue pour 2 ans. Il existe aujourdhui 435 districts élisant chacun 1 représentants, cest à dire 1 pour 0.5M dhab. Scrutin uninominal à 1 tour. - et par le Sénat : 2 sénateurs /Etats ( 100 membres) élus pour 6 ans renouvelable par 1/3 tous les 2 ans. Le Congrès vote les impôts le budget fédéral, la nomination des hauts fonctionnaires. Il peut proposer des lois bills- que le Pdt transforme en acts. Si le Pdt est contre le bill il peut utiliser son veto qui lui même ne peut être contourné que par une majorité des 2/3 du Congrès. NB : Le Congrès peut engager une procédure dimpeachment contre le Président par proposition de la Chambre au Sénat qui jugera le Président. La destitution ne peut être prononcée quà la suite du vote des 2/3 des Sénateurs (cf . procès Clinton en fév.99). Le pouvoir judiciaire est incarné par cette instance supérieure quest la Cour Suprême qui juge de la constitutionnalité des lois. Composée de 9 juges nommés à vie par le Pdt Le régime présidentiel américain sest révélé stable.Le président ne peut dissoudre le Congrès , et il nest pas " responsable " devant le Congrès mais il ne peut pas tout. :laffaire du Watergate la montré (voir annexes). En 1945, les Américains s inspirent de leur constitution pour la rédaction des nouvelles constitutions allemande et japonaise. Leur influence est manifeste aussi sur la constitution des Philippines et de certains pays dAmérique latine. La Constitution révérée par les citoyens est donc un
modèle qui a su sexporter 2) Un fédéralisme vivace. Chaque Etat a une constitution plus ou moins calquée sur la Constitution de lUnion fédérale. Il dispose dune réelle autonomie : législation propre en matière de droit civil et de droit pénal. Exemple : les Etats du Sud dans les années 1945-1950 ont encore une législation ségrégationniste contre les Noirs (" égaux mais séparés "). De même la peine de mort nexiste-t-elle pas partout aux USA ( 38 Etats lont maintenue) Chaque Etat a un gouverneur élu, une " législature " de 2 chambres et une cour suprême dEtat. Il a des compétences fiscales en parallèle avec lEtat fédéral et peut mener sa propre politique sociale. Il reçoit des subventions de ce dernier. Les Américains sont très attachés à cette autonomie locale garante de leurs libertés. B) La pratique... La stabilité du système politique américain repose sur un certain consensus entre les deux principaux partis qui se succèdent alternativement au pouvoir. Aucun des deux partis ne remet en cause les fondements du système politique et économique du pays. Par quoi sont ils séparés dès lors ?
NB : il existe cependant des " démocrates conservateurs " et des " républicains plutôt libéraux ". Sous Kennedy, la Chambre des Représentants comptait 174 Rép, 161 Démocrates du Nord et de lOuest et 101 Démocrates du Sud très conservateurs, hostiles aux lois civiques voulues par le Président Le bipartisme (qui doit beaucoup au mode de scrutin majoritaire) laisse peu de place à lexpression dautres partis " indépendants ". Les candidats " indépendants " recueillent peu de voix. De plus, il ny eut jamais de parti fortement contestataire ou révolutionnaire (socialiste ou communiste) aux USA. Pourquoi ? " Les conflits politiques et sociaux ont toujours été superficiels et limités à la différence de ce qui sest passé dans les années 1930 en Europe (révolutions et dictatures). Dans les années 1950, des auteurs ( Richard Hofstader dans American Political Tradition 1948 et Louis Hartz dans The liberal tradition in America.1955) constatent cette " exception américaine " qui fait peut être la force du modèle : ils affirment que les USA ignorent les appartenances de classe stables et enracinées ainsi que la puissance des structures étatiques héritées des sociétés au long passé féodal et absolutiste. De plus labondance matérielle, lindividualisme, la mobilité sociale et géographique, les conflits ethniques font que lAmérique est politiquement fragmentée en une série de regroupements divers les querelles ne portant que sur des divergences dintérêt ou des questions de statut social, elle nest pas traversée par une ou deux lignes de partage "( in M.Rogin Les démons de l Amérique). Cette interprétation fondée sur le " consensus " créateur dune vie politique harmonieuse et pouvant être proposée comme " modèle " au reste du monde, reflète loptimisme des années 1945-1950 mais le " consensus " américain se nourrit aussi de peurs importées, de la théorie du complot et de lidéologie de la contre subversion (pour rendre compte de la réalité politique américaine, Hofstdader étudie aussi lextrême-droite conservatrice et chauvine) comme le montre lépisode " maccarthyste "( voir annexe 1). C) Problèmes Depuis la fin des années 1960 on assiste à un fléchissement de la participation électorale y compris aux élections présidentielles. Comment expliquer ce phénomène ? Il existe des causes techniques : forte mobilité géographique des Américains, électeur très souvent sollicité et vote ayant lieu un jour ouvrable. Ex : un électeur qui vivait à Oakland (Californie) devait voter le 8 nov. 1988 pour choisir 48 candidats à 13 fonctions (depuis le président des Etats-Unis jusquau directeur du parc régional ) et devait donner un avis sur 43 questions différentes. Mais les causes politiques ne sont pas absentes : idée que le vote ne changera rien, quil ny a quune faible différence entre les deux grands partis, que les candidats sont " médiocres ", poids de largent et de la communication qui simplifient à outrance les messages En 1992, les Américains ont élu Bill Clinton sur un programme politique qui fait de lui " a new kind of democrat ". Il a prétendu incarner une " voie moyenne " qui na pas vraiment mobilisé les électeurs : si la participation électorale a semblé stable (un peu plus de 50% des électeurs potentiels), aux élections législatives de 1994, seuls 38% des électeurs se rendent aux urnes, Bien que les élections législatives de mi mandat (" mid-terms ") mobilisent en général moins délecteurs que les présidentielles, certains politologues y ont vu un signe de leur désenchantement croissant à légard de leur système politique . Premier symptôme de ce désenchantement : une crise de confiance dans lEtat : selon un sondage Time-CNN de sept.1994, seuls 19% des Américains faisaient confiance à lEtat pour résoudre leurs problèmes, contre 44% en 1984 et 72% en 1964 Ainsi les Américains semblent-ils attendre beaucoup de lEtat sans pour autant lui faire confiance. Deuxième symptôme : le sentiment que le pouvoir de décision échappe aux citoyens. En 1995, 79% de ceux-ci estimaient que lEtat fédéral était largement dirigés par des lobbies (groupes dintérêt) et 58% affirmaient navoir guère dinfluence sur les décisions. Est-ce une crise du modèle démocratique ? Les processus démocratiques américains sont assurément faussés par un abstentionnisme volontaire qui devient de plus en plus structurel. Le bipartisme est aussi remis en question : Démocrates et Républicains paraissent désormais plus soucieux de leur réélection que des réformes à opérer dans le pays et leurs programmes tendent à se ressembler En 1996, la participation aux élections présidentielles a
été de 50%
II. LE MODELE ECONOMIQUE. A) Le temps du triomphe (1945-1970) Les USA sont dans les années 1950 la 1 ère puissance économique mondiale, ils réalisent 40% du PNB mondial, produisent 50% des biens manufacturés mondiaux en 1955 et sont la première puissance commerciale (excédents commerciaux importants). De 1953 à 1963, le PNB augmente de 25% . Cette puissance repose sur le capitalisme de marché. 1) La libre entreprise. Aux premiers temps de la colonisation, lAmérique a été perçue comme un nouvel " eldorado ", une terre promise sur laquelle tout était possible. Lesprit pionnier des 1ers colons et de leurs successeurs partis à la conquête de lOuest sest ensuite mué en esprit dentreprise : quand lespace américain est conquis, à partir des années 1890, le pionnier devient le chef dentreprise, le" businessman ", ou " self made man ". Cet esprit dentreprise entretient le culte de linnovation, du progrès qui font reculer les contraintes. Dans lesprit américain la réussite individuelle et la prospérité personnelle sont valorisées et admirées mais " la richesse nest pas perçue comme une récompense divine dans la mesure où lhomme nest que lintendant des biens de ce monde. Il doit les faire fructifier pour le bien de tous et ne jouit que temporairement des ses biens. La prospérité individuelle entretient la prospérité collective et la charité privée doit être pratiquée "(M.C Pauwels Le rêve américain). 2)Les caractéristiques du capitalisme américain.(années 1950-1970) Il dispose de ressources naturelles importantes ainsi que dun marché intérieur important. a) profit rapide Le capitalisme américain repose sur lidée que le profit doit être rapide et recourt donc massivement à lemprunt, à la Bourse, au " capital risque ". Les actionnaires espèrent un profit rapide et un rendement élevé de leurs actions. Ils préfèrent une gestion confiée à des managers qui ne possèdent pas lentreprise mais sont soutenus par le C.A pour faire fructifier le capital. Cest un capitalisme " managérial " qui remplace les capitalisme familial des années 1860-1914. b) Poids de la grande entreprise. Déconsidérée lors de la Grande Dépression des années 1930, la grande entreprise " concentrée " redevient prestigieuse après la victoire de 1945 rendue possible par la formidable mobilisation de léconomie et des entreprises américaines qui renouent ainsi avec la prospérité. Les 500 1ères entreprises américaine assurent le 1/3 du PIB Elles utilisent toujours les méthodes tayloristes et fordistes et parviennent à réaliser une production de masse. Elles ont une capacité dinnovation technologique importante. Les techniques de marketing se développent pour écouler cette production. Ces entreprises sont tournées vers lextérieur :
elles exportent et investissent dans le reste du monde en reconstruction. 3)Quelle place pour l Etat ? Les Américains ont une tradition de défiance à légard de lEtat : " le meilleur Etat est celui qui gouverne le moins ".(Henry David Thoreau Essays on civil Disobedience . 1849" La Constitution américaine est elle même un compromis entre les fédéralistes partisans dun Etat fort (Hamilton), et les antifédéralistes (Jefferson). Entre 1945 et 1960, les présidents Truman et Eisenhower héritent de lEtat " rooseveltien " marqué par le New Deal, et donc dune tradition plutôt " interventionniste " quils ne remettent pas fondamentalement en cause. Mais ils restent fidèles à un interventionnisme très limité dans le jeu du marché ( lEtat se contente de garantir une concurrence équilibrée, de protéger les lois du marché par sa réglementation).Ses services publics sont peu développés, il ne possède pas dentreprise (pas de nationalisations). Cest dans le domaine de la protection sociale que lEtat issu du New Deal sautorise une intervention (Sécurité Sociale de 1935 qui couvre lassurance vieillesse et le chômage mais pas la maladie). Le Président Truman essaye détendre le New Deal entre 1945 et 1952 mais il se heurte à lopposition des Républicains qui bloquent ou limitent lampleur de ses projets ( Truman parvient à étendre la S.S à 10 M de personnes supplémentaires, à augmenter le salaire minimum, à faire construire 800 000 logements sociaux mais son projet dassurance maladie universelle échoue, la législation sur les droits civiques progresse peu à cause des démocrates du Sud ). Eisenhower (1952-1960) sinscrit ensuite dans le " consensus libéral " qui caractérise la vie politique américaine entre 1945 et 1960. " Il consiste dans la confiance en un Etat libéral moderne qui permet déviter la Dépression, de maîtriser les cycles économiques, qui redistribue une partie des richesses et maintient ainsi la paix sociale par une intervention modérée et limitée. " (A.Coppolani. op.cit) B) Le temps des doutes ( 1970-1992) 1 ) Un déclin économique relatif (1970-1983) Dès 1970, les Américains perçoivent que leur position relative dans léconomie mondiale :ils ne réalisent " plus que " 30% du PNB mondial en 1970 contre 40% en 1950. La même année ils enregistrent un taux de chômage perçu comme inquiétant : 6% et la première récession économique depuis 1958 : - 3.9% du PNB. Linflation est à 5.7 % et en 1973 la balance commerciale connaît son premier déficit depuis 1893 Le pays entre dans lère de la stagflation et perdant confiance dans son modèle économique, il doit adopter des mesures dirigistes : gel des salaires des prix et des loyers pendant 3 mois puis contrôle des prix simplement. Ces mesures sont abandonnées quand le choc pétrolier de 1973-1974 provoque une crise générale (8.8% de chômeurs en 1973, 11% en 1974) Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 portent un rude coup à léconomie de la première puissance mondiale grosse consommatrice dénergie ( elle importe 50 % du pétrole quelle consomme). Au printemps 1979, les queues devant les stations dessence rappellent aux Américains quils dépendent largement du reste du monde pour leurs approvisionnements et leur croissance économique : alors que les exportations ne représentaient que 5 % de leur PNB après 1945, elles représentaient 8.5% désormais et les importations 10%. Le taux de couvertures des importations par les exportations se dégradent depuis les années 1960 (140%) : le passage en dessous des 100% se fait à la fin des années 1970. La vulnérabilité face à la concurrence
étrangère saccroît et inquiète une puissance qui avait toujours eu des avantages
compétitifs décisifs depuis 1945 (contrôle du coût de lénergie et des matières
premières , avance technologique). |
| La France face au modèle américain Dans les années 1945-1950 les Français se demandent si "lAmérique doit être considérée comme une modèle ou comme une menace et comment atteindre le degré de prospérité et de puissance économique sans pour autant payer le prix sur la plan culturel et social ? " Le mode de vie américain est admiré par une grande partie de la population française qui adhère "" la culture des masse ". Mais une élite cultivée, appartenant à la classe intellectuelle refuse ce modèle. Louis Aragon ,en 1951, estime que " lAmérique est une civilisation de baignoires et de frigidaires " Cette élite est plus attirée par lexpérience soviétique que par labondance matérielle et la vie facile que fait miroiter lAmérique Jusquen 1970, le modèle de société progressiste des intellectuels français se situera à lEst, en URSS. " Au début des années 1950 le Coca Cola fait même lobjet dune campagne de diabolisation. Il serait coupable, en vrac, " daggraver le déficit commercial français, de mettre en péril les boissons nationales, dêtre dangereuse pour la santé, une drogue " daprès M.C Pauwels. Le rêve américain pp.113-115. |
B) Une prise de conscience des insuffisances du modèle(1960-1974)
Tout au long des années 1950, les Américains avaient cru en lavènement dune société idéale créée par la croissance. En 1958, dans " The Affluent Society ", léconomiste John Kenneth Galbraith constate que la croissance économique nest pas la solution à tous les problèmes : des poches de misère subsiste la minorité noire ne profite pas de la croissance et subit une discrimination qui la marginalise. Selon Galbraith, les USA manquent dinvestissements publics, le secteur public existant est insuffisant pour corriger les inégalités et cela risque même d empêcher la croissance future du pays (infrastructures insuffisantes).De plus il constate que le développement incontrôlé des villes crée une situation de crise urbaine, entraîne le délabrement des quartiers
" La pauvreté au milieu de labondance " est donc bien une réalité: vers 1950 20 à 25% de la population vit en dessous du seuil officiel de pauvreté et cette population est à 22% constituée par des Noirs, alors que léconomie américaine a une capacité de production telle que le marché intérieur ne peut labsorber que par le recours au crédit , et une agriculture qui est en surproduction régulière depuis 1948
En nov.1960, le candidat démocrate J.F. Kennedy est élu à la présidence des USA après une campagne électorale qui montre le poids désormais déterminant de largent (le père de Kennedy a largement financé cette campagne), du charisme du candidat (jeune et séduisant) et surtout de la télévision puisque, suite à 3 débats dans lesquels Kennedy apparaît plus à laise, plus calme que son adversaire Nixon, le premier lemporte de justesse avec 119057 voix davance sur 69 M de suffrages La politique américaine entre dans lère de la publicité et de la communication politiques.
Kennedy avait affirmé la nécessité dune " nouvelle frontière " afin de renouer avec lesprit pionnier des Américains dans son discours dinvestiture à la convention démocrate de juillet 1960.
à Exercice possible : étude de texte dans Hachette p.147. + questions.
1) La lutte contre les inégalités raciales et sociales.
a) Lutte contre la ségrégation.
La minorité noire semble exclue du modèle économique et social américain : en 1959, 56% des Noirs vivent en dessous du seuil de pauvreté.et dans les Etats du Sud, les Noirs vivent selon le statut de " séparés mais égaux " en vertu de lautonomie qui est conférée aux Etats en matière de droit civil et pénal. La ségrégation est la règle dans les restaurants, les bus, les lieux publics, les églises ou temples, les écoles blanches nacceptent pas denfants noirs. Des pancartes précisent " Whites Only " ou " Blacks " " Whites ". Les Noirs ont le droit de vote mais dans ces Etats du Sud, on les oblige à passer des tests avant de sinscrire sur les listes électorales pour les intimider et les dissuader de sinscrire.( A Selma, Alabama on compte 325 Noirs inscrits et 9800 blancs alors que les Noirs sont majoritaires).
En 1954 la Cour Suprême avait interdit la ségrégation scolaire mais cette mesure nest pas respectée.
En 1955, le pasteur baptiste M. Luther King organise le boycottage des bus de Montgomery (Alabama) qui dure 381 jours. En 1957, larmée fédérale est envoyée à Little Rock (Arkansas) pour permettre à des enfants noirs dentrer dans une école blanche.
En 1960, la Cour Suprême impose la déségrégation dans les bus. Dans les années qui suivent des " sit-in " sont organisés devant les restaurants qui refusent de servir les noirs. Des affrontements avec la police des Etats ont lieu. Des " voyages de la liberté " au départ de Washington vers le Sud sont entrepris pour attirer lattention des médias .Lévénement le plus retentissant est la grande marche sur Washington lors duquel M.Luther King prononce son célèbre discours " I have a dream "(28 août 1963). Sa volonté est de hâter le vote par le Congrès de lois antidiscriminatoires.
à Texte 1 p 148 Hachette.
Kennedy ayant été assassiné le 22 nov.1963, cest sous lAdministration Johnson, son vice Pdt qui le remplace, que sont adoptées les lois civiques :
En septembre 1964, ces lois sont complétées par lAffirmative Action qui consiste à réserver des places aux minorités dans les universités , des emplois dans les administrations et entreprises recevant des subventions fédérales. Cest une " discrimination positive ".
b / La lutte contre la pauvreté : les programmes sociaux .
Les présidents démocrates se tournent aussi vers les plus démunis. En 1965 sont mis en place les programmes
Les présidents démocrates ont donc essayé de donner un nouveau souffle au modèle américain en prenant en compte les limites auquel celui-ci était parvenu. Mais la décennie suivante est encore plus préoccupante pour lavenir du modèle
2) Le refus du modèle
a) La radicalisation du mouvement des droits civiques.
Après 1965, certains mouvements noirs considèrent quil doit exister un pouvoir noir aux USA, que les Noirs doivent prendre en main leur destin économique, politique et culturel dans le cadre de leur communauté et non dans le cadre de la nation américaine (séparatisme révolutionnaire). Cest lidéologie du Black Power de Stokely Carmichael.
Les Blacks Muslims de Malcom X (le X évoque labandon du nom américain et est utilisé en attendant lattribution dun nouveau nom musulman, X = ex-american aussi..) se cherchent une identité dans lIslam, refusent lassimilation culturelle et proclame le droit des Noirs à lautodéfense contre une " société blanche malade et malhonnête ".
Entre 1965 et 1968, le chômage, la crise urbaine et la répression policière entretiennent des révoltes de jeunes noirs dans les ghettos des villes du Nord et de lOuest( Harlem NY, Watts LA ). Les Black Panthers pour lautodéfense fondées en 1966 à San Francisco, par des animateurs dun centre antipauvreté(subventionné), se réclament aussi du nationalisme afro-américain mais aussi du marxisme, du tiers-mondisme et de lanti-impérialisme.
Ces mouvements expriment un refus radical du modèle socio-économique américain
b) La contestation des milieux étudiants et intellectuels.
La fin des années 1960 marque larrivée à lâge adulte des générations nombreuses nées du baby-boom. Le nombre détudiants a doublé entre 1946 et 1964, et ils représentent 50% de leur classe dâge.
Des associations détudiants et des universitaires dénoncent les valeurs du modèle américain et entendent lui substituer un contre-modèle : ils dénoncent la patriotisme, le consumérisme, le conformisme, refusent lautorité , tout ce qui constitue lAmerican Way of Life et les valeurs de la majorité des classes moyennes américaines
Leur contre-modèle est fondé sur le pacifisme, lhumanisme, lutopisme et sinspire largement du marxisme et du socialisme.
Ils nient que les USA soient une vrai démocratie et a fortiori une démocratie modèle comme latteste le nom que prend cette association étudiante créée en1960 : Students for a democratic society
Lors de manifestations sur les campus, ils se heurtent
fréquemment à la police qui procèdent à des arrestations qui elles même entraînent
des protestations jusquà ce que soient relâchés les étudiants.
3)Lapogée de la contestation :lopposition à la guerre du Vietnam.
En 1965, les USA sengagent plus directement dans un conflit de guerre froide au Vietnam entre Vietnam du Nord et Vietnam du Sud. Ils avaient commencé par envoyer des conseillers puis en 1965-1966, ils augmentent leurs effectifs en ayant recours à une conscription sélective ( 6% des jeunes en âge de servir iront au Viêtnam). Des étudiants appelés provoquent des incidents dans les ports dembarquement, brûlent leur livret militaire et manifestent leur refus de faire cette guerre contre un peuple qui se bat pour son indépendance
Le conflit vietnamien est une " sale guerre " visible à la télévision. Les images de destruction de villages, de soldats blessés choquent les étudiants mais aussi lopinion mondiale. Il est aussi à lorigine dune militarisation de léconomie américaine : la guerre entretient la prospérite économique et une complexe militaro-industriel se crée " conjonction égoïste dintérêts entre larmée[voulant]sapproprier la plus grosse part du budget, lindustrie, avide de bénéfices exorbitants( )et tous ceux dont lemploi dépend de ces dépenses " (Mélandri p214)

Au début de lannée 1968, loffensive du Têt menée par le Nord Viêtnam met à mal la puissance américaine et renforce lidée quune victoire totale nest pas proche.
Les divisions de la société américaine sont réelles : les démocrates eux-mêmes sont divisés sur leViêtnam et les programmes sociaux( cf Robert Kennedy opposé à Johnson)
Au cours de la campagne pour les élections présidentielles de 1968, le canularesque Youth International Party dAbbie Hoofman et Jerry Rubin désignent un cochon comme candidat ! Le président Johnson annonce quil ne représentera pas.
Les républicains font campagne sur le thème de la défense
de la " majorité silencieuse ", composée des Américains de la middle-class
oubliès de la " Grande Société " démocrate parce que " ni pauvres, ni
jeunes, ni de couleurs ". Cette majorité ne comprend pas quune victoire
décisive ne soit pas remportée au Viêtnam malgré les moyens humains et financiers
engagés et profite de lAmerican Way of life qui voit les shopping
centers se développer, les Mac Donalds se répandent et la consommation
hebdomadaire de TV augmenter de 40 à 46 h entre 1960 et 1970. Cette middle class
aspire à profiter dune civilisation des loisirs quelle est en train
dinventer et finira par souhaiter elle aussi le retrait des soldats américains du
Viêtnam (accords de Paris 1973).
C) LEtat de la société américaine aujourdhui (1975-1996)
1) Les inégalités demeurent, les programmes sociaux sont remis en cause
De 1973 à 1993, les revenus des 10% des salariés les plus modestes ont baissé de 35% alors que ceux des 10% les plus riches ont augmenté de 25%. En 1994, 14% de la population américaine vivait en dessous du seuil de pauvreté et 7 à 8% des travailleurs à plein temps vivent en dessous du seuil( moins de 8000 $ /an). Un tiers de la communauté noire est située en dessous de ce seuil et 30% de la minorité hispanique.
Certes sur 100 hommes en âge de travailler, seuls 5 sont au chômage mais 3 sont en prison ( contre 0.4 en France
En 1995, Clinton oppose son veto à un projet de loi du Congrès supprimant lAid to Families of Dependant Children (aide aux femmes seules avec enfant) mais en août 1996 ( les élections présidentielles sont au mois de novembre suivant ) il fait une concession aux Républicains en signant une loi réduisant laide aux pauvres. Elle consiste à réduire lAFDC et le nombre de tickets dalimentation (block grants), à transférer aux Etats la gestion des ces prestations désormais conditionnées à la recherche dun emploi ou à la participation à des formations, mais aussi limitées dans le temps (5 années au cours dune vie sauf pour les 20% des gens en très grande difficulté).
Selon Nicole Bacharan, Clinton a réussi un coup de maître : " il signe la loi avec tant de réticences, après plusieurs vetos, quils parvient à apparaître comme le seul capable den amender les dispositions les plus dures sil est réélu ".(Le piège.Seuil.1999)
2 ) Une nation unie ?
Le vice-président Al Gore fit un jour un lapsus dans lun des ses discours lorsquil traduisit le fameux " E Pluribus Unum " par " de lunité à la multiplicité " Est-ce sous linfluence du multiculturalisme qui touche désormais la société américaine au point que lon préfère parler de " salad bowl " plutôt que de " Melting Pot " ? (si celui-ci a jamais existé ).
Le multiculturalisme valorise les minorités et les différences qui constituent la société américaine . Sont considérées comme minorités : les femmes, les homosexuel(le)s, les minorités de couleurs Ces minorités refusent (ou lon refuse en leur nom dans les universités ) la culture blanche, anglo-saxonne, mâle et élitiste Les études multiculturelles consistent en létablissement de programmes denseignement " ethnocentriques " : " études africaines pour les Noirs etc
Du multiculturalisme découle le politiquement correct qui consiste-notamment- en des précautions de langage pour désigner ces minorités, les " personnes à handicap ", " en surcharge pondérale " ( 30% des Américains seraient considérés comme obèses ).
Le multiculturalisme en exaltant le " pluribus " plus que " lunum "(J.Vaïsse.op cit) met à mal le modèle américain dintégration. De même l" affirmative action " discrimination positive qui devait favoriser lintégration des minorités dans les administrations, les universités est-elle montrée du doigt comme créatrice de racisme " inversé " en encourageant laffirmation de groupes ethniques ou sexuels Cette discrimination positive est aussi contraire à la méritocratie dans les universités car elle pénalise des " catégories " (Juifs, Asiatiques) considérées comme " trop douées ". L " affirmative action " a été abandonné en Californie en 1996.
3) La société américaine est-elle condamnée à la désintégration ?
Si les Blancs non hispaniques représentent actuellement 72% de la population, ils ne seront plus que 53% en 2050. Les Hispaniques sont 11% et devraient représenter 25% à la même date. Les Noirs sont 12% et ne seront que 14% en 2050.
Quel est lavenir du modèle dintégration américain ? Le melting-pot reste une composante importante du modèle américain : beaucoup dimmigrés récents rêvent de lintégrer politiquement et civiquement en se retrouvant autour du drapeau, du 4 juillet, de la Constitution
@
Par Frédéric Normand
Professeur (T.R) au lycée-collège Augustin Thierry de Blois (41).
( Ce cours doit être simplifié pour les élèves : c'est, avant tout, une source d'informations pour les profs )
Bibliographie :
Ouvrages généraux :
Coppolani Antoine. La vie politique aux Etats-Unis de 1945 à nos jours. Ellipses.1997
(excellente synthèse en 100 pages).
Fohlen Claude. Les USA au XX ème siècle. Aubier 1988
Heffer Jean. Les Etats-Unis de 1945 à nos jours. A.Colin.Cursus.1997
(utile pour les aspects économiques : tableaux, graphiques )
Mélandri Pierre. Histoire des USA de 1865 à1996. Nathan U
(bien pour la périodisation depuis 1945).
Toinet Marie Fr. et Lennkh Anne.(dir) LEtat des Etats-Unis. La Découverte.1990.
Vincent Bernard.(dir) Histoire des USA.Champs Flammarion.1997
Sur la notion de " modèle ".
Pauwels Marie Christine. Le rêve américain. Hachette Sup.1997
(sur les composantes du rêve :liberté, égalité, recherche du bonheur, rêve dabondance, mobilité sociale et géographique, un chapitre sur la France réfractaire au rêve )
Vaïsse Justin. Le modèle américain. Colin Synthèse Histoire. 1998
(sur létat du " modèle " dans les années
1990. Bien pour les mythes fondateurs).
Autres :
Bacharan Nicole. Le piège. Quand la démocratie perd la tête Seuil 1999
Rogin Michael. Les démons de lAmérique. Essais
dhistoire politique des USA.Seuil1998.
Et aussi :
les manuels de terminale
Annexe 1 : Les limites dune démocratie modèle : lépisode maccarthyste.(1950-1954)
Dès le début de la guerre froide, une méfiance sinstalle contre les communistes aux USA ; ladministration Truman déclenche des enquêtes sur ses fonctionnaires, il existe une commission des activités anti-américaines de la chambre des Représentants active depuis les années 1930. Mais la " peur des communistes prend une dimension nouvelle avec le sénateur républicain du Wisconsin, Joseph Mac Carthy .
En 1950, il dénonce la mainmise des communistes sur le Département dEtat et obtient la création dune sous-commission denquête au Sénat quil préside. Il se lance dans la recherche de ceux qui mènent des activités " anti-américaines ", cest à dire les personnes suspectes de sympathie pour le communisme .: les fonctionnaires, les intellectuels, les acteurs sont particulièrement visés et une véritable "chasse aux sorcières " se met en place.
Le " maccarthysme "s appuie sur les inquiétudes que font naître les succès communistes dans le monde : acquisition de la bombe A par lURSS, victoire des communistes en Chine, invasion de la Corée du Sud par Corée du Nord.
Le " maccarthysme " met à mal les libertés fondamentales car il pratique lamalgame entre " communiste/ sympathisant communiste/ New Dealer/ libéral et ne connaît une décrue que vers 1954 quand le sénateur sen prend à des officiers de larmée " au service des rouges "...il est désavoué par lopinion et le Sénat qui le blâme en déc.1954 .(13 millions de personnes auront été vérifiées entre 1950 et 1954 ; Charles Chaplin émigre en Europe en 1952 et les USA lui suppriment son visa de citoyen anglais pour le dissuader de revenir.
Une démocratie modèle ? Cette théorie du complot communiste invisible entretenu généralement sans preuves a beaucoup entaché limage des USA . Les personnes soumises aux enquêtes ont mis en avant pour leur défense la constitution et les libertés fondamentales quelle est censée garantir, notamment les libertés de conscience et dopinion
Cette peur des communistes est largement importée puisquil ny eut jamais de parti communiste fort et influent aux USA.Cest dans le contexte maccarthyste que les époux Rosenberg sont accusés davoir livré des secrets sur la fabrication de la bombe atomique à lURSS et sont exécutés en 1953 : on sait aujourdhui quils étaient effectivement coupables mais les informations données nétaient pas essentielles. Il y eut une campagne dopinion mondiale en leur faveur)
Annexe 2 :Une crise politique grave : le Watergate. 1972-1974
En nov.1972, Nixon est réélu. En 1974 il démissionne suite au scandale du Watergate.
Au printemps 1972, alors que la campagne électorale se prépare, des " plombiers " sont arrêtés dans limmeuble qui abrite le QG du parti démocrate à Washington, le Watergate.
Lenquête révèle que ces hommes devaient poser des micros dans limmeuble et quils pourraient avoir des liens avec des hommes de lentourage du président.( printemps 1973).
En juillet 1973, les organes chargés de lenquête dont un procureur spécial nommé par Nixon apprennent que le président enregistre ses conversations à la Maison Blanche : on lui demande de communiquer ces bandes. Le procureur spécial est renvoyé par Nixon en octobre 1973 qui naccepte de livrer que des transcriptions écrites de ces bandes
La Chambre des Représentants engage alors une procédure dimpeachment : un vote favorable de cette Chambre provoquerait la mise en accusation et le jugement du Président par le Sénat . Le 8 août 1974, Nixon préfère démissionner pour redevenir un citoyen privé et échapper à toute procédure. Son vice-pdt lui succède (G.Ford).
Laffaire du Watergate met fin à " la présidence impériale "(expression dArthur Schlesinger. Imperial Presidency.1973) qui caractérisait le fonctionnement du système politique américain depuis 1945. En effet, les prérogatives de la présidence navaient cessé de croître depuis Roosevelt: sur le plan extérieur. Dans ce domaine, le président sétait arrogé des pouvoirs de décisions que la Constitution ne prévoyait pas (cest le Congrès qui devait déclarer la guerre et non le seul Président comme Truman lavait fait pour la Corée, comme Johnson, qui pour lintervention au Viêtnam, avait exploité une résolution ambiguë du Congrès )