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Le Centre de recherche et de documentation
sur les camps d'internement et la déportation juive
dans le Loiret

Cercil
Centre de recherche sur les camps d'internement du Loiret

2 cloître Saint-Pierre le Puellier - 45000 Orléans

contact : Nathalie Grenon (chef de projet)
Tél : 02.38.42.03.91 ou 06.76.76.49.60
du mardi au jeudi
cercil@wanadoo.fr


Le Cercil et L'Université d'Orléans vous invitent aux conférences organisées dans le cadre du 70e anniversaire de la Retirade, samedi 28 mars à partir de 15h, au Muséum d'Orléans.


Pithiviers-Auschwitz 17 juillet 1942, 6h 15. 

Témoignages recueillis par Monique Novodorsqui-Deniau.
Préface de Simone Veil.
Edition présentée et annotée par Katy Hazan, Benoît Verny, Nadine Fresco.

Éditions du Cercil, mars 2006

En savoir plus


Les camps d'internement du Loiret

De 1941 à 1943, plus de 18.000 juifs, dont près de 4.000 enfants, furent internés dans les deux camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande.
Ils relevaient de l'autorité du préfet du Loiret et la garde en était assurée par des Français. Huit convois partirent de ces camps vers Auschwitz.
Rares furent ceux qui en revinrent. 2 140 Juifs étrangers, arrêtés à Paris le 14 mai 1941 sur convocation, ont été internés à Beaune-la-Rolande, puis presque tous déportés à Auschwitz en juin-juillet 1942. Par ailleurs, 3 096 personnes, essentiellement des femmes et des enfants, arrêtées lors de la Rafle du Vél' d'Hiv' de juillet 1942, y ont été transférées. Rien n'avait été prévu pour les accueillir. Des épidémies s'y sont déclarées. Des enfants y sont morts. Les autorités françaises, qui avaient demandé aux Allemands l'autorisation de déporter également les enfants, décidèrent de faire partir d'abord les mères, puis les enfants, qui furent gazés dès leur arrivée à Auschwitz.

De septembre 1942 à juillet 1943, date de sa fermeture, y ont été internés les sureffectifs de Drancy, lors des arrivées massives de Juifs arrêtés sur tout le territoire. Aujourd'hui rien ne subsiste du camp. En 1965, un monument a été érigé sur place. Chaque année, une cérémonie commémorative est organisée par les associations le deuxième dimanche de mai. Plus récemment, une plaque a été apposée sur l'ancienne gare de Beaune-la Rolande.

Le Cercil

Le Centre de recherche et de documentation sur les camps d'internement et la déportation juive dans le Loiret (Cercil) a été créé en 1991, à l'initiative des municipalités de Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Jargeau et Orléans, de l'université d'Orléans, du Centre de documentation juive contemporaine, du Crif et de la communauté juive d'Orléans.

Conçu pour être un lieu de de recherche, de mémoire et d'éducation indispensable pour les générations futures, il se propose :
- de rassembler une documentation spécifique,
- de la mettre à disposition des chercheurs et du public,
- de produire et de publier, particulièrement à destination des élèves et des étudiants tout document susceptible de les informer sur l'histoire de ces camps.

Il s'attache à susciter tout projet et actions visant à connaître cette sombre période. Il apporte sa contribution à toute initiative sur ce sujet.

À la fois musée, mémorial et centre de documentation ( archives, bibliothèque, vidéothèque, photothèque ), c'est un lieu de réflexion, de rencontre et d'animation ouvert au public pour que la mémoire reste vivante.
Toutes les garanties scientifiques nécessaires à ces travaux sont apportées par le concours et le conseil de spécialistes et d'historiens.

 

Les camps d'internement 1941-1943 - Histoire et mémoire

L'exposition témoigne de l'existence des camps d'internement du Loiret, Beaune-la-Rolande, Pithiviers, de leur histoire et de la vie quotidienne des 18 000 Juifs qui y ont été détenus entre 1941 et 1942, et du camp de Jargeau, camp d'internement pour les tziganes (de juin 1940 à décembre 1945).
Adultes et enfants, dans leur très grande majorité, ne quittèrent les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande que pour être ensuite déportés à Auschwitz. Rares furent les adultes qui revinrent de cette déportation.
L'histoire de ces deux camps montre comment les persécutions antisémites de Vichy ont participé du processus qui devait mener à la solution finale conçue par les nazis.
Dire le noms des victimes, rappeler les identités et les visages de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants dont le seul tort était d'exister et dont il ne reste qu'une litanie de noms sur le mur d'un mémorial, c'est restituer, dans sa barbarie, une partie importante du processus d'exclusion puis d'extermination des Juifs de France.
Cette exposition a été réalisée à partir de documents et iconographie provenant d'archives publiques et privées, pour la plupart inédits. Des vitrines sont également à prévoir.

Emplacement : 40 mètres linéaires
Transport : 3 caisses - 120 kg

Edition : affiche, dépliant, catalogue, vidéo

Participation : 61 euros/mois (assurance comprise)

Les camps du Loiret

En mars 1941, le commandement militaire allemand exerce des pressions sur le gouvernement de Vichy pour qu'il mette en application la loi du 04 octobre 1940 relative à l'internement des "étrangers de race juive".
Le 13 mai 1941, la préfecture de Paris envoie 6.500 convocations - "les billets verts" - établies à l'aide du fichier réalisé lors du recensement.
Plus de 3.700 personnes, de 18 à 60 ans, se présentent le lendemain matin à 7 heures, pour "examen de leur situation".
Le 14 mai, le jour même, les hommes arrêtés sont transférés par quatre trains spéciaux de la gare d'Austerlitz vers les camps d'internement du Loiret : Beaune-la-Rolande et Pithiviers.
2.140 Juifs sont internés au camp de Beaune-la-Rolande et 1.570 dans celui de Pithiviers. Situés à 23 kms l'un de l'autre, éloignés des grands centres urbains (80 km de Paris, 50 km d'Orléans) ces camps sont administrés par les autorités françaises.
La direction des camps est assurée par un commandant aidé d'un gestionnaire.
Le personnel de surveillance est composé de gendarmes, douaniers armés et gardiens.

Camp de Beaune

La vie dans les camps

Les conditions de logement sont extrêmement précaires : de 100 à 120 hommes par baraque, des châlits munis de paille, des installations sanitaires très rudimentaires.
Plusieurs soulèvements ont lieu, surtout au début : ils sont rapidement réprimés. En mai 1941, les femmes de détenus, devant l'interdiction qui leur est faite de rencontrer leur mari, lancent des colis par-dessus les barbelés. C'est à la suite de ces incidents que les autorités du camp sont obligées d'accorder un droit de visite et de correspondance, mais réglementé de façon très rigoureuse. En juin 1941, les anciens combattants, qui attendent leur libération, organisent un mouvement de révolte à Pithiviers, avec élection de représentants. Ceux-ci seront ensuite emprisonnés à Châteaubriand.
A Pithiviers, en juillet 1941, un refus général d'aller travailler dans les fermes de Sologne entraîne une sanction collective : suppression de tout contact avec l'extérieur. Les organisations juives de Résistance (sioniste, brundiste et communiste) tentent de rester en contact avec leurs militants internés dans les camps, et font circuler des tracts et journaux clandestins.

Évasions

On estime le nombre des évasions à 691, dont le plus grand nombre au cours de l'été 1941. Avec la complicité de certains gardes, ou en les soudoyant, il est possible de déjouer la surveillance exercée par les gendarmes et les douaniers, qui sont en partie armés. Les détenus qui travaillent à l'extérieur sont parfois aidés par la population locale. A la demande des autorités allemandes, à partir de l'automne 1941, la surveillance est sensiblement renforcée, et les internés détachés à l'extérieur sont renvoyés dans les camps.
Vers décembre 1941, lorsque les organisations juives de résistance ont vent des déportations à venir, elles font parvenir à leurs militants internés des consignes d'évasion. Mais beaucoup de détenus ne s'évadent pas, craignant des représailles envers leur famille, ou parce qu'ils pensent que l'internement les maintient dans la légalité et leur épargne le départ à Drancy. Après mai 1942, plus aucune évasion ne sera enregistrée.

Libérations et permissions

Quelques permissions temporaires sont accordées au début, en cas de maladie d'un proche parent : elles seront supprimées dès octobre 1941.
Des libérations ont également lieu, qui concernent les anciens combattants et les malades graves. Les libérations pour raison de santé, dont le nombre maximum est fixé à l'avance par les autorités, sont décidées par une Commission médicale composée de médecins français et allemands, et soumises à la préfecture de police de Paris. A partir du 27 juin 1942, elles deviennent de plus en plus rares.

Le travail

Les internés assurent les corvées à l'intérieur du camp et s'organisent pour exercer leur métier : coiffeur, tailleur, cordonnier, menuisier, ce qui améliore la vie quotidienne de tous. Certains - en nombre réduit - et pour de courtes périodes, travaillent à l'extérieur des camps, 215 à la sucrerie de Pithiviers, d'autres dans les fermes : beaucoup sont volontaires pour ces travaux, car c'est une occasion de contact avec les familles, peut-être même une chance de s'évader. Les autres, la très grande majorité, attendent, livrés à l'inactivité.

Maintenir les liens

Les visites, les colis et la correspondance sont interdits au début ; mais à partir de juin 1941, sous la pression des familles et des internés, la direction autorise un régime plus libéral, quoiqu' encore encadré par de nombreuses restrictions. Chaque détenu peut envoyer une seule lettre par semaine, qui doit être écrite en français, et soumise à la censure. Lettres et colis sont contrôlés par les services de surveillance pour prévenir les projets d'évasion. Une des sanctions appliquées dans le camp consiste à priver l'interné de courrier et de colis. Les vols de colis sont fréquents, et l'interné ne reçoit parfois que le papier d'emballage et la ficelle.
Au début, les familles sont autorisées à rendre visite aux internés : ce droit qu'elles ont réussi à imposer en juin 1941 sera très vite supprimé. Les femmes ne savent pas que ceux à qui elles apportent vêtements et nourriture seront bientôt déportés au camp d'extermination d'Auschwitz. Elles ignorent aussi qu'elles-mêmes et leurs enfants leur succéderont bientôt dans ces mêmes camps avant d'être à leur tour déportés.

Ne pas renoncer

Les internés, pour ne pas s'abandonner au désarroi, développent une activité culturelle intense : théâtre, concerts, conférences, réunions, journaux clandestins recopiés manuellement...
Juifs étrangers pour la plupart, parlant le yiddish et profondément imprégnés de la tradition juive, ils sont nombreux à puiser dans l'affirmation de cette identité une force pour résister.
Cette vie culturelle leur permet de lutter contre la longue et angoissante attente de leur libération, mais elle est surtout la manifestation éclatante de la dignité de ces hommes.
L'espoir sera définitivement brisé lors des premières déportations en juin 1942.

Les premières déportations 25 juin 1942 - 17 juillet 1942 A Wannsee le 20 janvier 1942, les dirigeants nazis élaborent le plan de la phase ultime de l'extermination systématique. Les premiers " départs " des camps du Loiret - terme employé pour les déportations dans les documents administratifs - ont lieu le 08 mai 1942 : 289 internés sont transférés à Compiègne, puis déportés à Auschwitz le 05 juin 1942 (convoi n°2).
Le 11 juin 1942, lors d'une réunion du service des affaires juives du Reich à Berlin, le processus de la "solution finale" à l'ouest de l'Europe est engagé.
Les autorités allemandes prévoient, pour la France, la déportation, au cours de l'année 1942, de 100.000 juifs de 16 à 40 ans. Th. Dannecker, représentant en France d'A.Eichmann, est chargé de la mise en oeuvre de ce plan d'extermination. Mais à cette date, les Juifs détenus dans les camps d'internement sont en nombre insuffisant, il s'agit d'organiser rapidement d'autres rafles de grande envergure pour atteindre les objectifs fixés à Berlin. Les Allemands, dont les forces de police en France sont insuffisantes, ne peuvent procéder à des arrestations aussi massives sans le concours de la police française. Les négociations engagées alors avec les autorités françaises ne portent pas sur le principe des déportations, mais sur les moyens à mettre en oeuvre pour réaliser un tel programme.
Le 15 juin 1942, Théodore Dannecker propose à Berlin la déportation "dans un premier temps" de 40.000 juifs en 3 mois à partir de la mi-juillet. Le rythme devra être de 3 convois par semaine, chacun comportant 1.000 juifs.
Le 18 juin, Théodore Dannecker prépare avec la SIPO - SD Orléans et la préfecture du Loiret la déportation de 1000 Juifs internés à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande. Il donne l'ordre par télégramme de préparer les convois de ces deux camps et de les vider pour "faire place à de nouveaux détenus". A partir de cette date, les deux camps occupent une place importante dans la mise en oeuvre de la "solution finale" en France : de camps d'internement, ils deviennent camps de déportation.

Camp de Jargeau

 

Le camp de Jargeau 1941-1945

Situé à 20 kms d'Orléans, la construction du camp de Jargeau commence vers la fin de l'année 1939. Dix-sept baraques sont édifiées pour abriter des réfugiés de la région parisienne. Mais la débâcle et l'arrivée de la Wehrmacht vident le camp de ses habitants. Les Allemands le transforment en "Fronstalag 153" où s'entassent pendant plusieurs mois 900 prisonniers de guerre français.
Le 26 octobre 1940, la Feldkommandantur 549 basée à Orléans ordonne aux autorités françaises de procéder à l'arrestation de tous les nomades du département du Loiret et d ' organiser leur internement. Jacques Morane, le préfet régional, décide d'utiliser l'ancien Frostalag 153, et le 5 mars 1941, le camp des nomades de Jargeau est officiellement "ouvert". La plupart des Tsiganes du Loiret et des départements limitrophes sont raflés par la gendarmerie nationale. D'autres sont victimes de dénonciations. Au début du mois d'août 1941, le commandant du camp recense 606 internés.
A partir d'octobre 1941, "d'autres catégories d'individus" arrivent à Jargeau : prostituées, étrangers, internés politiques ou administratifs. A partir de 1943, le camp sert aussi d'annexe à la prison d'Orléans, et des réfractaires au STO y attendent quelques semaines leur transfert dans les usines du Reich. Ce camp fonctionnera de mars 1941 à décembre 1945 et recensera 1.720 personnes.

En conclusion

C'est à l'écart de la capitale, dans les camps du Loiret, qu'en juillet 1942, la Gestapo et la police de Vichy séparèrent parents et enfants juifs arrêtés lors de la rafle du Vel d'Hiv : ils avaient choisi la discrétion pour cette sinistre opération.
Sur cette période des camps (juillet-août 1942), la plus brève et la plus terrifiante, il n'existe que très peu de témoignages, et pas la moindre photographie pour visualiser ce que fut cette tragédie. Les survivants furent très peu nombreux : aucun des enfants déportés ne revint, et seuls quelques parents survécurent ; écrasés par la douleur, ils ne purent, au lendemain de la Libération, faire entendre leur voix avec plus de force.
En revanche, des 3.000 hommes qui avaient été internés en mai 1941 dans les camps du Loiret, puis déportés en juin et juillet 1942, 159 revinrent : grâce à eux, et grâce à ceux qui s'étaient évadés, la première période est mieux connue. Mais ce sont aussi plus de 18.000 juifs qui y furent internés entre 1941 et 1943, parmi eux, plus de 4.000 enfants arrêtés avec leurs mères lors de la rafle du Vel d'Hiv.

Témoignage

Cher tout le monde,
J'espère que vous allez tous bien. Moi, ça va, avec un vaccin anti-staphilococcique, je crois que cela irait mieux.
J'ai reçu la lettre de Papa et Lulu datée du 7. Je ne prendrai pas le temps d'y répondre de même à la lettre de Tante Julia que j'ai reçue hier. Tous ces courriers m'ont fait plaisir. Je crois que c'est le dernier et pour cause. Cessez votre correspondance. Je vous ai écrit précédemment que je n'étais pas parti à cause de mes 15 ans et demi, avec les autres 900 hébergés, mais à présent, tout le monde, femmes, hommes, vieillards parfois, quelques malades et enfants (fillettes de 13 ans), sont embarqués...
Et moi avec, je ne sais pas où. J'irai dans l'est en tout cas, ça fera mes grandes vacances. Je vais voir du pays.
Ne vous en faites pas pour ma peau. Cela ne sert à rien car la situation actuelle n'est que passagère : ce sera une aventure en plus. Mon moral est bon. Le voyage sera ennuyeux, car vous pensez comment cela va : ce n'est pas 40 hommes et 8 chevaux mais 60 hommes : c'est très drôle. Des bestiaux bipèdes.
Sur ce, je vous souhaite une bonne santé, un bon train de vie, et je vous envoie tous les baisers que je ne pourrai envoyer dans des lettres ultérieures car je ne sais pas encore si j'aurai le moyen d'écrire. Je ferai mon possible naturellement. Sur ce, au revoir tout le monde, à la prochaine. J'envoie cette lettre à tout hasard. Si il y a contre ordre, je vous écrirai immédiatement mais sur cela il ne faudra pas beaucoup compter.
Gérald Souweine

Bibliographie

Ouvrages édités par le Cercil (renseignements au 02.38.42.03.91)
* Les camps d'internement du Loiret 1941-1943. Histoire et Mémoire
* Le camp de Jargeau, juin 1940-décembre 1945. Histoire d'un camp d'internement dans le Loiret de Pascal Vion
* Lettres à Chana. Camp de Pithiviers.16 mai 1941-24 juin 1942 d'Isaac Schoenberg
* Une petite fille privilégiée. Une enfant dans le monde des camps, 1942-1945 de Francine Christophe
Avec l'aimable autorisation du Cercil.

voir aussi : www.europe-memoire.org/index.html


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