FICHE 5

La relation de Phillips (1) : présentation de la relation initiale.

D'après Jean-Baptiste Desquilbet et Jean-Paul Pollin

Mots-clés et thèmes abordés : relation inflation-chômage ; relation (ou courbe) de Phillips de court terme ; courbe de Phillips de long terme (verticalité) ; salaires nominaux et salaires réels ; anticipations de salaires.

Phillips, économiste néo-zélandais, a constaté en 1958 une relation décroissante entre l'inflation salariale (le taux de croissance des salaires nominaux) et le taux de chômage. Cette relation a été la bienvenue pour compléter le modèle keynésien à prix fixes. Elle permet d'expliquer l'inflation : dès lors que le taux de chômage diminue, les salaires nominaux augmentent ; l'augmentation des salaires nominaux se répercute sur les prix. L'inflation salariale permet ainsi d'expliquer l'augmentation du niveau général des prix. La courbe de Phillips est devenue assez vite, dans l'analyse macroéconomique des années 60 et 70, un outil permettant d'expliquer la relation entre le taux de chômage (u) et le taux d'inflation (La relation a commencé par être stable dans les années 60, avant de devenir instable vers les années 70.

La courbe de Phillips de court terme est décroissante.

Une relation empirique négative entre taux de chômage, u, et taux d’inflation,  (Phillips, 1958)

ð dilemme inflation - chômage

mécanisme : ajustement lent des salaires nominaux

salaires nominaux constants et inflation>0

ð ê salaire réel

ð é demande de travail

ð ê chômage

 

 

Tant qu'elle est stable, la relation fait apparaître un dilemme entre l'inflation et le chômage puisqu'elle montre que l'on ne peut diminuer le chômage qu'au prix d'une augmentation de l'inflation. Inversement, on ne peut diminuer l'inflation qu'en acceptant de subir une hausse du chômage.

 

Le mécanisme qui justifie cette relation est l'ajustement lent des salaires nominaux.

Le mécanisme qui se cache derrière la relation est l'ajustement lent des salaires nominaux : si les salaires nominaux sont constants et que l'inflation est positive, les salaires réels diminuent, la demande de travail des entreprises s'accroît, l'emploi augmente et le chômage baisse.

Il est toutefois nécessaire que les salaires réels anticipés augmentent pour que les salariés acceptent de travailler davantage. Les salaires nominaux augmentent en pratique, mais moins vite que l'inflation.

La relative rigidité des salaires nominaux correspond assez bien à l'hypothèse keynésienne de la rigidité des prix à court terme. C'est pour cela que la courbe de Phillips a très vite été intégrée dans la théorie post-keynésienne.

Le principe général est qu'on diminue le chômage si l'inflation effective est supérieure à l'inflation anticipée. Dans le cas particulier où l'inflation effective est égale au taux d'inflation anticipée (absence d'erreurs dans les anticipations des salariés), on obtient le taux de chômage d'équilibre (Un).

La rigidité des salaires nominaux est un phénomène qu'on observe et qui est acceptable à court terme en raison :

- soit de l'illusion monétaire des salariés. Les salariés confondent augmentation du salaire nominal et augmentation du pouvoir d'achat ;

- Les salaires peuvent être aussi rigides à court terme parce qu'il existe des contrats de salaires nominaux. La monnaie sert d'unité de compte et les contrats sont exprimés en valeurs nominales. La périodicité des révisions des conventions collectives dépend de la législation (en France, obligation annuelle de négocier mais pas d'aboutir !) et des partenaires sociaux (syndicats, groupes patronaux).

Pour Milton Friedman (1968) cette relation ne peut être stable. Si l’on joue trop avec l’inflation, au bout d’un certain temps, les individus vont s’en rendre compte. Friedman cite A. Lincoln (en substance) : "  On peut arriver à tromper tout le monde pendant un certain temps ; quelques personnes peut-être pendant longtemps ; mais tromper tout le monde pendant très longtemps, c’est impossible ".

Ainsi, à long terme, les salaires nominaux s'ajustent. Il va y avoir un rattrapage du pouvoir d'achat.

Retour sommaire